Les dernières lectures de la librairie Delamain

  • Vider les lieux

    Olivier Rolin

    • Gallimard
    • 3 Mars 2022

    On habite un très vieil appartement, on y a passé la moitié de sa vie, entassé un prodigieux bric-à-brac, journaux, lettres, photos, livres surtout, des livres partout - et puis un jour on est viré, il faut prendre ses cliques et ses claques. Un déménagement, écrit Michel Leiris, c'est une « fin du monde au petit pied », et c'est aussi un jugement dernier : chaque objet, pour être sauvé, est sommé de dire son histoire - un vieux chapeau parle d'un lointain voyage au Texas et d'un auteur de best-sellers internationaux, un fossile d'une plage de sable noir, au bout de la Sibérie, où Tchekhov imprima ses pas, les livres évoquent les lieux et les temps où on les a lus, la bibliothèque devient lanterne magique. Les histoires se bousculent, des paysages se déploient, sortis de l'oubli.
    Quand en plus la rue d'où on est chassé est celle où fut publié puis traduit l'Ulysse de Joyce, où deux librairies célèbres voyaient passer les plus grands écrivains des langues française et anglaise ; quand l'injonction de vider les lieux vous tombe dessus au moment où une pandémie assigne tout le monde à résidence... alors on se dit que ce chambardement mérite peut-être d'être raconté. On écrit ce livre.
    O. R.

  • Marilyn : ombre et lumière

    Norman Rosten

    • Seghers
    • 7 Avril 2022

    Parmi la pléthore d'ouvrages consacrés à Marilyn Monroe, le témoignage de Norman Rosten, paru en 74 aux Etats-Unis, est certainement le plus authentique. Poète, romancier, dramaturge et scénariste, Norman Rosten a été (avec sa femme Hedda) l'un des proches de Marilyn durant les sept dernières années de vie. Il l'avait rencontrée un jour de pluie par l'intermédiaire du photographe Sam Shaw (l'un des plus importants de la carrière de Marilyn, auteur de la photo de couverture). Shaw, en balade avec la comédienne à Brooklyn, s'était réfugié chez ses amis les Rosten pour échapper aux trombes d'eau. En comprenant à tort qu'elle s'appelait « Marion », les Rosten avaient d'abord pris la jeune fille aux cheveux trempés pour une starlette, petite amie de Shaw. Avant de comprendre que c'était la tête d'affiche de Sept ans de réflexion, récent triomphe au box-office. Ça ne les avait pas empêchés d'être d'emblée séduits par son charme. Toute leur relation sera ainsi placée sous le signe du naturel et de la spontanéité. Par la suite Rosten a d'autant plus fréquenté Marilyn qu'il était très ami avec son troisième mari Arthur Miller. Avec Arthur puis sans, Marilyn et les Rosten passeront quantités de dîners, week-ends, vacances ensemble, de Upper Manhattan à Brooklyn et aux plages de Long Island (où Norman la sauvera quasiment de la noyade un jour qu'elle voulait échapper à une horde de fans). Entre Norman et Marilyn, le lien était d'autant plus fort que la jeune femme, éprise de poésie, lui passait ses textes pour les soumettre à son jugement : « trouves-tu qu'il y ait de la poésie là-dedans ? ». Ils resteront proches jusqu'aux tout derniers instants de la vie de Marilyn. Tressé d'anecdotes drôles ou émouvantes, ce court témoignage, l'oeuvre d'un écrivain, raconte Marilyn avec respect, et affection, et dresse un portrait qui s'impose par sa sincérité, par sa délicatesse, la justesse de son regard. Un diamant brut pour qui veut saisir qui était vraiment Marilyn.

  • Burgundy

    Mélanie Michaud

    • Lattes
    • 9 Mars 2022

    Montréal, milieu des années 1980.
    La petite Mélanie se tient droite devant la misère, la cruauté et Montréal, milieu des années 1980. La petite Mélanie se tient droite devant la misère, la cruauté et l'injustice qui règnent dans le quartier de Burgundy. Avec ses cheveux en bataille et ses vêtements trop grands, elle enchaîne les réparties effrontées et n'hésite pas à donner des coups pour éviter d'en prendre. Lorsque les combines et trafics de son père leur permettent de changer de vie et de déménager en banlieue, elle prend conscience que l'on ne se débarrasse pas ainsi des effluves amers de la pauvreté. Et si elle se moque allègrement des « frais chiés », les crâneurs des beaux quartiers, au fond, elle aimerait pouvoir leur ressembler.

    Puisant dans ses souvenirs d'enfance d'une cocasserie irrésistible, Mélanie Michaud signe une oeuvre à la fois drôle et brutale, qui interroge le déterminisme social.

  • Des sirènes

    Colombe Boncenne

    • Zoe
    • 3 Mars 2022

    Lorsque la narratrice apprend que sa mère est malade, c'est avec évidence qu'elle l'accueille chez elle. Ce temps d'intimité est aussi celui d'une révélation, un secret de famille est exhumé. Stupéfaite, la narratrice se met à enquêter sur les abus dont les femmes de sa famille - dont elle - ont été victimes : leurs ramifications souterraines, leurs résonnances dans le monde qui l'entoure. Farell, son espiègle amoureux canadien, et Selma, une femme engagée pour laquelle elle éprouve une fascination puissante, l'accompagnent et la soutiennent. Un récit d'amour filial simple et pudique, raconté dans un quotidien qui, tout bouleversé qu'il soit, demeure ordinaire. La vie s'accorde finalement, au chant des sirènes.

  • Antarctique

    Olivier Bleys

    • Gallimard
    • 10 Février 2022

    Janvier 1961, cinq hommes vivent sur la base soviétique de Daleko, située à ce point précis de l'Antarctique que les géographes nomment pôle d'inaccessibilité. Ils sont chargés par le Parti d'affirmer la présence russe dans cette région pourtant inhabitable. À son réveil, le chef, Anton, découvre le corps ensanglanté de Nikolaï. Vadim vient de lui asséner un coup de hache mortel:leur partie d'échecs a mal tourné. Comment rendre la justice dans ce désert polaire, sans police ni prison? Anton décide d'écrire un rapport sur les faits. Le coupable, lui, est placé à l'isolement dans le cellier, un réduit glacial où la température culmine à moins quinze degrés. Mais Daleko semble oubliée du reste de l'humanité. La radio est tombée en panne, on n'a plus de nouvelles du monde civilisé depuis des semaines, et l'angoisse monte parmi les poliarniks. Jusqu'au jour où Vadim le meurtrier trouve le moyen de s'échapper...Ce huis clos implacablement réglé se transforme en un roman d'aventures original et haletant, imprégné d'humour noir.

  • Memphis rebelle : sur la route, avec les fantômes de l'Amérique

    Geraldine Ruiz

    • Denoel
    • 2 Février 2022

    «Je songe à la mission impossible qui m'attend:tourner un documentaire sur un sujet insolvable avec quatre cents dollars en poche. Je me mets à rire. À moins que je ne pleure. J'ai du mal à me comprendre. Est-ce que le rapatriement est une option prévue par mon contrat d'assurance?»Que reste-t-il de Memphis? Plus de cinquante ans après l'assassinat de Martin Luther King, Géraldine Ruiz, journaliste indépendante, enquête sur les tensions raciales qui subsistent dans cette ville et dans tout l'ancien Sud esclavagiste et ségrégationniste. Mais rien n'est simple:les habitants de Memphis ne cessent de la renvoyer, parfois jusqu'à l'hostilité, à sa place de femme blanche et européenne. Immersion dans l'Amérique d'Obama puis de Trump, ce reportage est aussi une course à tombeau ouvert. Fauchée et prête à tout, Géraldine Ruiz alterne hôtels miteux et chambres douteuses, côtoie freaks et marginaux, se finance en partie par un deal de drogue et passe du découragement à la joie intense, tout à sa recherche obsessionnelle du «bon sujet».Jeune femme en quête d'elle-même et prompte à l'autodérision, Géraldine Ruiz nous embarque dans un récit gonzo mené tambour battant à travers l'Amérique et ses démons.

  • Anéantir

    Michel Houellebecq

    • Flammarion
    • 7 Janvier 2022

    .

  • Colonne

    Adrien Bosc

    • Stock
    • 5 Janvier 2022

    En août 1936, au début de la Guerre d'Espagne, la philosophe Simone Weil, qui n'a pas trente ans, part rallier le front d'Aragon et les brigades internationales de la colonne Durutti. Lors d'une offensive sur les bords de l'Ebre, elle se blesse en plongeant le pied dans une bassine d'huile brûlante. Rapatriée à l'arrière puis soignée à l'hôpital de Sitgès, elle rentre en France le 25 septembre accompagnée de ses parents.

    Elle passe quarante-huit jours en Espagne. De ce séjour, nous ne savons rien ou presque. Un passeport, des notes éparses d'un « Journal d'Espagne » portées sur un cahier dont il subsiste trente-quatre feuillets, des lettres et des photographies en uniforme.

    Agir, penser, écrire, serait une seule et même chose.

    Du mystère d'une vie brève, du tremblé affectif d'un engagement qui refuse autant le fascisme que le meurtre d'un petit phalangiste de seize ans, Adrien Bosc a tiré un roman aux phrases claires et lumineuses. Au milieu du chaos d'une guerre civile fratricide, il nous conte une existence intense et tragique, dont le combat en Espagne fut le point de bascule.

    Colonne, dernier volet d'une trilogie amorcée avec Constellation, puis Capitaine - raconte la collision de destins rassemblés en une communauté provisoire -faisceau de récits de vie qui éclatent en trajectoires contraires, séparées et pourtant réunies jusqu'à se confondre à l'infini. Des dates et des mots qui s'effacent, des courriers et des tombes qu'on oublie.

  • Au café de la ville perdue

    Llobet Anais

    • L'observatoire
    • 5 Janvier 2022

    A Varosha, ancien lieu de villégiature des stars hollywoodiennes, le temps s'est figé en 1974 lors de l'annexion du nord de Chypre par la Turquie. Depuis, ce quartier de la ville de Famagouste, qui accueillait sur ses plages des touristes de tout le Moyen-Orient et des célébrités comme Sophia Loren ou Brigitte Bardot a été déserté, prisonnier des barbelés et des bougainvilliers qui se dressent au milieu des maisons, là où, autrefois, la vie battait son plein.
    De nos jours, à Nicosie, ville divisée, une jeune femme, Ariana, débarrasse les tables du Tis Khamenis Polis, le café de « La Ville Perdue », où se réunissent ceux qui vivaient à Varosha et qui n'ont désormais plus rien : ni passé, ni racines, ni futur ou certitudes.
    Ancienne étudiante en architecture, elle n'a plus qu'un seul espoir:
    Pouvoir, un jour, reconstruire la maison où est né son père, et où vécurent ses grands-parents, Aridné et Ioannis, dont elle ne connaît que des bribes de vies, comme si les barrières de fortune interdisant l'accès à Varosha avait aussi fait barrage à leur mémoire.... et leurs secrets. Quand Ariana apprend que la maison sera démolie par les bulldozers turcs et qu'avec ses murs disparaîtra l'histoire d'Aridné et Ioannis, la jeune femme , aidée par une écrivaine, double captivant de l'auteure, décide de tout mettre en oeuvre pour sauver ce qu'il reste de la mémoire familiale et de comprendre quel est le lourd secret qui pèse sur ses ancêtres.

  • L'amour, la mer

    Pascal Quignard

    • Gallimard
    • 6 Janvier 2022

    «Tout homme, toute femme, qui assigne une fin à l'amour, n'aime pas. Tout être humain ou animal qui fixe un but à l'amour, n'aime pas. Qui impose un contenu, n'aime pas. Qui rêve un foyer, une maison, un enfant, de l'or, une récompense, n'aime pas. Qui court après la réputation, l'ascendant social, le cheval, la voiture, l'honneur, n'aime pas. Qui vise le champion du tournoi, l'intégrité religieuse, la propreté, la délicatesse de la nourriture, l'ordre du lieu, le soin du jardin, n'aime pas. Celui qui prétend s'introduire dans un groupe auquel il n'appartient pas, ne serait-ce qu'atteindre les objectifs les plus sûrs - la mère dans l'homme, le grand-père maternel dans la femme -, n'aime pas. Celui qui recherche la culture, la virtuosité, le courage, l'expérience, la fierté, le savoir, n'aime pas. Dans l'étreinte Dieu et Je sont morts.»

  • La décision

    Karine Tuil

    • Gallimard
    • 6 Janvier 2022

    Mai 2016. La juge Alma Revel doit se prononcer sur le sort d'un jeune homme suspecté d'avoir rejoint l'État islamique en Syrie. À ce dilemme professionnel s'en ajoute un autre, plus intime : mariée, Alma entretient une liaison avec l'avocat qui représente le mis en examen. Entre raison et déraison, ses choix risquent de bouleverser sa vie et celle du pays...
    Karine Tuil nous entraîne dans le quotidien de juges d'instruction antiterroristes, au coeur de l'âme humaine, dont les replis les plus sombres n'empêchent ni l'espoir ni la beauté.

  • Pas la guerre

    Sandrine Roudeix

    • Le passage
    • 6 Janvier 2022

    « Ce foutu feu entre eux.
    Sauf que les feux, parfois, brûlent tout sur leur passage. Les feux, parfois, ne laissent derrière eux que des cendres et des paysages dévastés. » C'est l'histoire d'une fille qui se croit émancipée. C'est l'histoire d'un garçon qui se croit libre. Assia a 24 ans et est née en France de parents marocains. Franck a 25 ans et a grandi à Paris auprès d'un père militaire. Entre les deux, la possibilité d'un amour. Un emménagement. Le mélange des corps et des territoires. Mais un soir, l'entente se rompt. Comme du barbelé, des paroles les séparent. Comment aimer l'autre quand on traîne sa culture et sa famille avec soi comme autant d'ombres cachées sous le matelas ?
    Dans ce roman à deux voix, le temps d'une nuit, Sandrine Roudeix raconte la passion de deux jeunes d'aujourd'hui et explore avec subtilité, sensualité mais aussi lucidité, la peur d'aimer, le poids des origines et le pouvoir des mots.

  • Antipolis

    Nina Leger

    • Gallimard
    • 3 Février 2022

    À la fin des années 1960, un ingénieur fonde une ville sur un territoire prétendument vierge. Il a rêvé cette ville intensément, il veut qu'elle change la vie, respecte la nature, invente le futur et fasse advenir tout un monde nouveau. Il la baptise Sophia-Antipolis.Seulement rien ne vieillit plus vite que le futur.Seulement aucun territoire n'est jamais vide de passé.Seulement les rêves, à devenir réels, prennent des tours inattendus.En s'attachant à six personnages fictifs ou réels, en remontant les liens d'amour, de filiation et d'amitié noués autour de Sophia-Antipolis, ce «roman topographique» incarne les histoires irréconciliables d'une cité qui se voulait idéale.

    «Des bâtiments naissent et la forêt recule. Les hautes forêts de Sophia-Antipolis, où les feuillages scellaient le ciel, où les sentiers glissaient dans le silence figé d'un autre monde, où on ne voyait, derrière les arbres, que d'autres arbres et d'autres arbres encore, ces forêts s'amenuisent, deviennent interstices, remblais, talus. Des bâtiments naissent et Sophia-Antipolis marche sur ce qu'elle voulait préserver.»

  • Une sortie honorable

    Eric Vuillard

    • Actes sud
    • 5 Janvier 2022

    La guerre d'Indochine est l'une des plus longues guerres modernes. Pourtant, dans nos manuels scolaires, elle existe à peine. Avec un sens redoutable de la narration, "Une sortie honorable" raconte comment, par un prodigieux renversement de l histoire, deux des premières puissances du monde ont perdu contre un tout petit peuple, les Vietnamiens, et nous plonge au coeur de l'enchevêtrement d'intérêts qui conduira à la débâcle.

  • Nom

    Constance Debré

    • Flammarion
    • 2 Février 2022

    «J'ai un programme politique. Je suis pour la suppression de l'héritage, de l'obligation alimentaire entre ascendants et descendants, je suis pour la suppression de l'autorité parentale, je suis pour l'abolition du mariage, je suis pour que les enfants soient éloignés de leurs parents au plus jeune âge, je suis pour l'abolition de la filiation, je suis pour l'abolition du nom de famille, je suis contre la tutelle, la minorité, je suis contre le patrimoine, je suis contre le domicile, la nationalité, je suis pour la suppression de l'état civil, je suis pour la suppression de la famille, je suis pour la suppression de l'enfance aussi si on peut.»

  • Porca miseria

    Tonino Benacquista

    • Gallimard
    • 6 Janvier 2022

    «Les mots français que j'entends ma mère prononcer le plus souvent sont cholestérol et contrariété. Je m'étonne qu'une femme ayant tant de mal à amadouer sa langue d'adoption puisse connaître deux termes selon moi si savants. Contrariété l'emporte de loin. Elle finit par se l'approprier comme s'il la débarrassait du devoir d'aller mieux, et qu'une fois prononcé, rien ne l'obligeait à développer, tout était dit, contrariété.Les soirs où l'affrontement avec son mari devient inévitable, elle assène le mot ruine, en italien, c'est la note la plus aiguë de son lamento, la rouiiiina, dont le sens est sans équivoque:c'est l'émigration, le départ maudit, la faute originelle, la source de tous ses maux, la contrariété suprême.»En 1954, la famille Benacquista quitte l'Italie pour s'installer en banlieue parisienne. Les parents, Cesare et Elena, connaîtront le sort des déracinés. Dans ce bouleversant récit des origines, leur petit dernier, Tonino, restitue avec fantaisie cette geste. Il raconte aussi les batailles qui ont jalonné sa conquête de la langue française.Avec Porca miseria, Tonino Benacquista trace la lumineuse trajectoire d'un autodidacte que l'écriture a sauvé des affres du réel.

  • Un barrage contre l'Atlantique

    Frédéric Beigbeder

    • Grasset et fasquelle
    • 5 Janvier 2022

    « Ce livre a été écrit dans un endroit qui devrait être sous l'eau ».
    F. B.

    Au hasard d'une galerie de Saint-Jean-de-Luz, Frédéric Beigbeder aperçoit un tableau représentant une cabane, dans une vitrine. Au premier plan, un fauteuil couvert d'un coussin à rayures, devant un bureau d'écrivain avec encrier et carnets, sur une plage curieusement exotique. Cette toile le fait rêver, il l'achète et soudain, il se souvient : la scène représente la pointe du bassin d'Arcachon, le cap Ferret, où vit son ami Benoît Bartherotte. Sans doute fatigué, Frédéric prend cette peinture pour une invitation au voyage. Il va écrire dans cette cabane, sur ce bureau.

    Face à l'Atlantique qui à chaque instant gagne du terrain, il voit remonter le temps. Par vagues, les phrases envahissent d'abord l'espace mental et la page, réflexions sur l'écriture, la solitude, la quête inlassable d'un élan artistique aussi fugace que le désir, un shoot, un paysage maritime. Puis des éclats du passé reviennent, s'imposent, tels « un mur pour se protéger du présent ». A la suite d'Un roman français, l'histoire se reconstitue, empreinte d'un puissant charme nostalgique : l'enfance entre deux parents divorcés, la permissivité des années 70, l'adolescence, la fête et les flirts, la rencontre avec Laura Smet, en 2004... Temps révolu. La fête est finie. Pour faire échec à la solitude, reste l'amour. Celui des siens, celui que Bartherotte porte à son cap Ferret. Et Beigbeder, ex dandy parisien devenu l'ermite de Guétary , converti à cette passion pour un lieu, raconte comment Bartherotte, « Hemingway en calbute », s'est lancé dans une bataille folle contre l'inéluctable montée des eaux, déversant envers et contre tous des millions de tonnes de gravats dans la mer. Survivaliste avant la lettre, fou magnifique construisant une digue contre le réchauffement climatique, il réinvente l'utopie et termine le roman en une peinture sublime et impossible, noyée d'eau et de soleil. La foi en la beauté, seule capable de sauver l'humanité.

    Une expérience de lecture, unique et bouleversante, aiguisée, impitoyable, poétique, et un chemin du personnel à l'universel.

  • Numéro deux

    David Foenkinos

    • Gallimard
    • 6 Janvier 2022

    En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre.
    Des centaines d'acteurs furent auditionnés. Finalement, il n'en resta plus que deux. Ce roman raconte l'histoire de celui qui n'a pas été choisi.

  • Aimez-vous les uns les autres

    Le Moing Maruska

    • Gallimard
    • 13 Janvier 2022

    «C'est le plus bel hiver depuis toujours! Maman rit. De petits rires rauques, nerveux mais charmants, au milieu de l'après-midi, comme pour commenter le passage de mouches invisibles lui chatouillant le visage. Je l'ai emballée dans sa doudoune rouge pour qu'elle ne prenne pas froid, mais deux nageoires vides lui pendent sur les côtés; elle tenait ses bras si serrés contre la poitrine tout à l'heure que j'ai dû renoncer à enfiler les manches. ? Bienvenue, mère manchote. Tu aimes bien ta nouvelle prison, maman? Tu verras, il fait plus froid ici, mais c'est bon pour le repentir.»Comment se libère-t-on d'une mère haïe depuis l'enfance? La solution est sans doute de la kidnapper pour la faire disparaître à petit feu. Mais pour cela il faut parvenir à donner le change avec l'aide d'une Roumaine aux idées bien arrêtées, renoncer à un amant violent dans les bras duquel on pouvait enfin s'oublier, et éconduire quelques membres du corps médical trop bien intentionnés...Avec un humour corrosif mais aussi beaucoup de tendresse, Maruska Le Moing met en scène dans un formidable huis clos la folie douce d'une femme à la dérive.

  • Homéomorphe

    Yann Brunel

    • Gallimard
    • 13 Janvier 2022

    Le Quartier est une ancienne zone de relégation soviétique, un territoire abandonné aux gangs et à la drogue. En décembre 1995, au coeur des barres d'immeubles délabrés, un accident de voiture inexpliqué brise la famille P.:Vladimir et son fils Dmitri, un adolescent aux dons extraordinaires, sont les seuls survivants.Pendant vingt-cinq ans, alors qu'il est devenu le plus grand mathématicien de son temps, Dmitri P. refuse toutes les distinctions internationales et mène une existence de clochard. Assommé par la vodka, il est protégé par le Marquis, l'un des chefs les plus puissants du Quartier.Jusqu'au jour où Dmitri, parmi les ombres, trouve une première preuve de l'équation qui le hante. Il décide alors d'affronter, enfin, son père.

  • Le retournement

    Manuel Carcassonne

    • Grasset et fasquelle
    • 5 Janvier 2022

    « L'idée que les mains brunes de mon fils fouillent un jour, au son des pétards de la fête mariale du 15 août, mes ossements français ironiques, et les dispersent au pied du Mont Hermon, où des chiens faméliques les retourneront d'une patte indécise, me rend de bonne humeur. ».

    Le Retournement tient à la fois de l'archéologie familiale, de la généalogie historique, du questionnement identitaire et de la fouille existentielle : un texte autobiographique qui semble emprunter au genre littéraire de l'autofiction et aux sujets d'actualité (l'identité, le genre, la religion...) pour mieux les subvertir.
    Comment le juif honteux de l'enfance est-il rendu à son judaïsme par la rencontre amoureuse avec son double inversé ?
    Manuel est un descendant de Juifs alsaciens par la mère et de la communauté judéo-provençale des Juifs du Pape par le père ; Nour est une arabe d'Achrafieh, née à Boulogne, d'origine grecque-catholique. D'un côté, des minorités persécutées; de l'autre, une minorité schismatique et persécutée : la rencontre improbable et fusionnelle de Carpentras et de Beyrouth ! ls ont en partage l'aristocratie des opprimés qui ont retourné la persécution en distinction, mais doivent composer avec des univers culturels si différents que tout leur est sujet de querelle, source d'une histoire d'amour souvent drolatique. Et voilà que celui qui voulait être Swann, à naviguer habilement dans les eaux hostiles du beau-monde (sa belle-famille d'Ormesson par la grâce d'un premier mariage) et du Paris des lettres, se retrouve appelé au Liban « Abou Hadri » : le père d'Hadrien.
    L'auteur ressuscite ici les mondes engloutis : les fantômes de sa famille sur laquelle plane l'ombre de morts plus présents que les vivants, le génie de la Jérusalem du Comtat-Venaissin, sa lignée d'ancêtres improbables où Nostradamus côtoie Maimonide et Bernard Lazare donne la main à Adolphe Crémieux.
    Placé sous le signe d'une inquiétude mêlée d'ironie, ce récit est la plus merveilleuse réfutation qui se puisse imaginer à l'assignation identitaire qui caractérise nos temps modernes.

  • L'année du Coq de Feu

    Marc Lambron

    • Grasset et fasquelle
    • 26 Janvier 2022

    « C'était il y a cinq ans. En ce temps-là, on ignorait l'existence des Gilets jaunes et le futur virus qui partirait d'un marché chinois. Allant atteindre l'âge de soixante ans, j'avais décidé de tenir assidument un Journal, en écho à celui que j'avais rédigé deux décennies auparavant, publié sous le titre de Quarante ans. Le diariste est un scrutateur de l'aléa.
    Une élection présidentielle se profilait en France, on pouvait supputer que la période serait animée. Cette stimulante sismographie, incluant aussi les agréments de la vie privée, en un temps où l'on pouvait chaque soir jouir des conversations et des spectacles, allait placer la période sous le signe de la surprise. Qui aurait pu imaginer le stupéfiant rodéo qui verrait la marche d'un prétendant encore trentenaire vers l'Elysée ?
    C'était l'année chinoise du Coq de Feu. D'expérience, je savais qu'un Journal existe autant par le moment où il est écrit que par celui où il est publié. Le donne-t-on trop tôt, c'est presque une éphéméride. Tel un vin, il gagne à vieillir en fût : le temps est un excellent co-auteur, tant il ajoute de la perspective au révolu. Cinq ans seulement, 2017-2022, ont conféré à l'état du monde une allonge qui, en d'autres époques, eût requis plusieurs décennies. C'est pourquoi cette archive prend tout son sel, en contrepoint d'une nouvelle année électorale. » M.L.

  • Dejima

    Stéphane Audeguy

    • Seuil
    • 7 Janvier 2022

    À travers les métamorphoses successives d'une femme, Mabel, arrivée jeune mariée à Kyoto en 1902, revenue veuve en 1946 à Tokyo, et jusqu'au passage d'une jeune Française dans le monde de l'art contemporain, sur l'île de Naoshima, c'est une vaste histoire du Japon qui se déroule. Des grandes étapes du développement économique au tournant des xixe et xxe siècles à la modernité dernier cri en passant par la douloureuse et longue occupation américaine de 1945 à 1952 ou les ravages paradoxaux des Jeux olympiques de 1964, on découvre un pays complexe et souvent contradictoire.

    Ce récit déploie une formidable érudition, toujours parfaitement accessible, et aussi une grande liberté d'écriture, touchant au merveilleux fantastique, où les femmes s'enfuient pour être libres, et connaissent dès lors d'étranges métamorphoses, en renarde, alouette ou luciole, jusqu'à l'avènement d'une nouvelle apparition, désirable et désirante.

    Dejima, qui donne son titre au roman, est le nom d'une île artificielle construite par les Japonais dans la baie de Nagasaki afin de pouvoir commercer avec les Hollandais sans qu'ils mettent le pied sur le sol national. Mais nous qui croyons débarquer au Japon, sommes-nous bien sûrs d'y être ?

  • Les années sans soleil

    Vincent Message

    • Seuil
    • 7 Janvier 2022

    Écrivain au succès modeste, libraire à ses heures, Elias Torres vit à Toulouse avec Camille et leurs enfants. Un certain mois de mars, tout se resserre autour d'eux : ils n'ont plus le droit de quitter le pays, leur ville, puis leur quartier. Elias s'inquiète pour sa fille, Maud, qui ne décolère pas contre l'inaction des dirigeants face à la crise écologique, et à qui la situation coupe toute perspective d'avenir. Il doit aussi prendre soin de son ami, le vieux poète Igor Mumsen.
    Afin de relativiser la détresse du présent, Elias mène des recherches pour savoir quelles ont été les pires années de l'histoire de l'humanité. Pour lui, la réponse ne fait pas de doute : ce sont les décennies qui ont suivi 535-536. Ces années-là, le soleil a cessé de briller pendant près de dix-huit mois. Tout en luttant pour protéger les siens, Elias se passionne pour ce petit âge glaciaire qui a marqué l'histoire d'une empreinte aussi méconnue que décisive.
    Dans ce roman porté par une voix inquiète et vive, l'amour de la littérature devient un des antidotes possibles aux angoisses qui nous hantent.

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