Esther Tellermann

  • Corps rassemblé

    Esther Tellermann

    • Unes
    • 22 Octobre 2020

    Esther Tellermann, dans ce texte écrit suite à plusieurs visites de l'atelier du peintre Claude Garache, opère une remontée vers les origines, plonge les mains dans la première argile des hommes, pour faire surgir une matière des corps. Les poèmes remontent le temps comme une embarcation discrète, s'affranchissent du cadre, et reprennent l'histoire à sa source ; les époques tissées sous le sommeil des hommes, l'incarnation répétée, vers un visage individuel issu de la masse informe des visages. Vers une soeur : toutes les femmes. Esther Tellermann vient habiter le corps, lui rendre sa pesanteur, sa surface terrestre et son épaisseur. Elle invoque dans un même geste, solitaire et rouge, « le visible et l'absence ». Les symboles oui, les ors et les martres, les archipels et les églantiers, mais surtout les reins et cuisses, genoux, seins, nuques, paumes : comment le corps s'extrait des ombres, des silences, jusqu'à la brûlure et la blessure, celle de « la vie ouverte ».
    Les rouges, les bleus, les gris et les verts sont ici des vapeurs antiques, des brumes entourant la question irrésolue de notre présence sur la terre, formes et âmes à demi transparentes, à peine esquissés déjà disparues, mortelles dans la lumière. Ce corps rassemblé s'écrit contre la solitude, notre inquiétude et notre évanescence. C'est une traversée, fragile, à travers les nuits et les âges, à travers les murmures et les peurs, les mers et les hivers, de « la respiration d'un seul monde ». Pour fixer la présence du corps, rassembler son poids dans une lente incantation, dans la répétition de formules égrenées comme des prières, comme pour préserver au creux de la paume la fragile incarnation de l'homme au milieu de l'univers, que menace aussi sa propre folie.
    Esther Tellermann, après Yves Bonnefoy, Edmond Jabès ou Philippe Jaccottet, s'empare à son tour dans ce livre à la fois doux et tumultueux, de ce corps jamais figé, toujours à naître qui est au centre de l'oeuvre de Claude Garache, pour inventer une Ariane dont on suit le fil, guide inconscient suspendu entre la chair et le ciel, du premier mouvement jusqu'à l'incertitude de la limite.

  • Le troisième

    Esther Tellermann

    Je voulais te porter;
    Jusqu'à moi ;
    Décupler ;
    Les odeurs ;
    Et les pôles ;
    Voulais déployer ;
    Ton murmure ;
    à hauteur des cercles

  • Depuis Première apparition avec épaisseur (1986), Esther Tellermann a publié l'essentiel de son oeuvre poétique chez Flammarion. Elle est également l'auteur d'essais et de récits. Le Prix Max Jacob lui a été attribué pour Sous votre nom (Poésie/Flammarion, 2015).

  • Livre posé au bord de la disparition, Éternité à coudre se déploie comme une parole rituelle, un exorcisme. Penché sur le néant, cherchant un abri dans les mots et les corps, quelque chose de l'ordre de la permanence du monde dans les cendres, dans les noms brûlés, les noms mâchés.
    Poème hanté par la présence d'une folie individuelle, intime, qui se déporte sur le collectif, envahit la communauté de nos angoisses, de nos peurs. Debout sur la rive, dans un geste de coudre nos éternités et nos solitudes, que regardons-nous ainsi à la dérive ? Une tache du monde, un incendie. La mécanique folle des jours, le sang des jours, on emplit l'éternité dans des sacs, dans les sacs pleins de l'histoire. Trop lourds à porter.
    Qui pèsent sur nous et nous essayons malgré tout d'arracher quelque chose du monde ou du langage.
    Avec quels mots passer dans les ombres ? Quels mots pour nous rapprocher de la consolation de l'autre, au milieu des larmes. Esther Tellermann, dans une oscillation permanente entre nos intimités noires et nos accès de clarté, livre un poème en forme de mélopée, "moitié caillou, moitié prière".

  • C'est un récit tragique, une narration sans personnages qui embrasse l'humanité en silhouettes coulées dans les « digressions de l'existence », ces hommes prisonniers de leurs répétitions nostalgiques, de la paranoïa généralisée. Balancés entre le meurtre et l'oubli, le sexe et la fondation. On traverse les drames comme en rêve, mais rêve violent et désespéré, sans autre prise que la chair. On ne peut plus rien imaginer, dans ce monde photographié, que des bruits de mitraillettes. Le lyrisme est brisé, comment faire avec ces vieilles images des livres dans un monde explosé ? Que reste-t-il à raconter ? Quelle dernière fiction peut-on soulever pour toucher l'extrémité de notre disparition ?
    L'homme a perdu la fable, pris dans ses tortures, ses vitrines, ses images disséminées, il est impuissant, en fuite, sourd aux chuchotements de l'histoire. L'homme a trop de moyens d'être en vie, il doit toucher pour croire, enfoncer des mains sales dans la glaise. Il frappe, teste la résistance des corps, la résistance de la vie. Jusqu'à faire céder l'amour. On s'abandonne toujours brièvement dans le corps de l'autre, en dernière consolation. On se souvient de l'odeur de la détresse. Car au fond, « c'est soi qu'on aime, c'est soi qu'on tue ».
    Esther Tellermann, dans ce livre fulgurant, nous demande comment retrouver une première version du monde, dans la répétition du même, dans la poursuite notre « acharnement à disparaître ».

  • Par rapport à ses autres livres, cette suite poétique d'esther tellermann fera date. elle se compose d'un ensemble de textes en relation directe avec la lecture qu'elle aura réalisé des Carnets du poète andré du Bouchet.
    Faite de rigueur et de liberté, son écriture va bien au-delà d'une simple lecture, car il s'agit d'inviter le lecteur à la suivre sur les terres de l'un des poètes les plus exigeants, et sans aucun doute, des plus importants, de la seconde moitié du xxe siècle. chez esther tellermann, l'expérience de lecture est simultanément expérience du monde, proposant ainsi une approche poétique selon une double perspective : de ce qui aura été éprouvé dans le geste, dans l'instant de lecture et donc de la réception proprement dite ; puis dans le travail de création, lequel aura permis non seulement d'ouvrir selon de nouvelle voies expressives les textes lus, mais aussi de conduire à partir de ceux-ci une parole poétique au-delà du cadre sensible qui aura présidé à leur constitution. il ne s'agit pas pour elle de limiter le traitement de la parole, comme s'il s'agissait d'un motif différé, d'un prétexte de facilité, mais bien de poser une vue sur les textes de du Bouchet à l'origine de l'écriture de ces poésies.

  • Que pourraient apprendre les psychanalystes d'une rencontre avec François Rouan, de la confrontation à son oeuvre et à son dire ? Car c'est bien d'une rencontre qu'il s'agit ici, tout d'abord à l'Association lacanienne internationale, dans cette même rue de Lille où le peintre allait rendre visite à Jacques Lacan, puis dans l'atelier de Laversine lors d'un déjeuner. Mais aussi de la rencontre entre deux approches d'un même réel : pour les psychanalystes, celui dans la cure d'un sujet dont le désir sera à entendre dans le nouage d'une parole à sa vérité, pour le peintre, celui d'un « tableau qui tienne » dans sa fabrication par la découpe en bandes de deux tableaux entrelacés et formant un troisième. Un troisième qui fasse tresse, dissémine la figure représentée, déplace la visibilité ordinaire en voilant et dévoilant une absence, celle-là même de l'objet - ici le regard - qui relance le désir. C'est en effet dans l'épaisseur du plan, le mélange optique des couleurs, les superpositions, les entrelacs d'images fixes et en mouvement, mêlant histoire individuelle et collective, mémoire picturale et mémoire subjective en ce qu'il est convenu d'appeler « peinture », « photographie » ou « film », que François Rouan cherche cet objet qu'il rate mais dont il ne cesse de recomposer et d'interroger l'énigme pour en tisser les épiphanies.Avec la participation de : Charles Melman, Marc Darmon, Esther Tellermann.

  • Sans marquer à proprement parler une rupture par rapport à ses livres antérieurs, Contre l'épisode témoigne d'une inflexion nouvelle dans l'oeuvre d'Esther Tellermann, dont on a pu dire qu'elle déroulait « un récit énigmatique - celui, peut-être, d'une origine - dont chaque séquence déterrerait une tablette invisible ou enfouie ». C'est dans la section centrale, qui donne d'ailleurs son titre au livre, que se perçoivent essentiellement les échos de ce drame caché dont la voix toujours souveraine - mais ici plus rauque, plus heurtée - semble répercuter de strophe en strophe l'effroi initial.
    La séquence d'ouverture : Voix à rayures, inscrit cette scène indicible dans la nuit de l'Europe, de sinistre mémoire, où nulle « ombre n'a su / séparer l'ombre ». La dernière section : Inquiétude fixe, renoue le dialogue avec les paysages immobiles et les figures ancestrales qui nourrissent depuis toujours la poésie d'Esther Tellermann : au confluent de l'Histoire et du mythe, de la louange et du deuil, du sacrifice et du chant.


  • Dans les quatre parties de ce recueil qui oscille entre l'énigme du mythe et la violence du présent, l'auteure poursuit sont exploration vers la contrée des vivants et des morts et esquisse également un portrait plus intérieur.


  • M'avait-il donn l'empreintede sa tempeun mot que dpose une pluie ?Un instant unesyllabeune ville autrementdes sillons dansles soirs puis tout coupse retire votre nuitqui m'veille.

  • Des "fragments" de poésie qui font jouer l'ombre et la lumière des mots.

  • Encre plus rouge

    Esther Tellermann

    Ce sixième volet est une nouvelle étape de la narration de l'auteur commencée il y a 20 ans : un récit énigmatique tour à tour esquissé, effacé, embrasé et rendu à ses propres cendres, selon l'aternance des lieux et des formules.

  • Odeur humaine (une)

    Esther Tellermann

    • Farrago
    • 5 Février 2004

    Une femme veut apposer au monde sa grille de lecture.
    Mais le monologue qu'elle engage s'infléchit des paroles courantes, des voix des maîtres, des amants, des livres qui le tissent et dont il est l'écho. Il ne rencontre pourtant aucune réponse à son interrogation lancinante de nos idéaux, de nos peurs, de nos ratés, sinon la découverte des impasses de l'amour. Expérience de soi-même sur soi-même donc, que ce parcours ironique d'une candide dans la folie contemporaine, au terme de quoi rien n'est révélé que l'urgence du désir.

  • Au coeur de ce travail de lecture revient le motif qui hante tellermann : nous cherchons tous un impossible. Dans une langue tendue par la réflexion et la méditation, esther tellermann nous invite à reprendre les questions essentielles sur la création littéraire et poétique dès son ouverture sur une étude consacrée à Dante. Pour elle, « le poème rejoint le mythe : c'est une manière de rejoindre, dans l'événement, le geste de tous ceux qui ont fait de l'imperfection, de l'irréconciliable, une oeuvre. c'est une manière de dialoguer à travers le temps, d'avoir plusieurs filiations, plusieurs noms qu'on peut à chaque fois perdre, retrouver, mais constitutifs de son nom propre.
    Cependant, la loi du langage est une loi qui nous dépasse, qui plie le rêve cosmique, le limite à des sons, des rythmes, fait du poème la grille où l'infini de la matière du monde se fait parole subjective. «L'épique», la sublimation, c'est cela aussi : ce qui noue l'histoire d'une singularité au tragique de l'histoire collective. habiter le poème, sa terre mentale, oblige à accueillir l'histoire, à sortir de l'autobiographie comme de l'anonymat, à construire un sujet contre la puissance du mythe, à bâtir un nom. Je pense à Paul celan, à ossip Mandelstam, à trakl ; à ceux qui ont transformé la nuit, l'étoile, la boue et les soleils. » (esther tellermann)

  • Avec un inédit de Michel Deguy et des dessins de Michel Canteloup.
    Que Lacan invite les psychanalystes à se mettre à l'épreuve du poème pourrait s'éclairer de la rencontre avec Michel Deguy. Car c'est à l'intellectuel engagé, au penseur de notre modernité, au philosophe, au poéticien que s 'adressent ici les psychanalystes. S'obstinant en effet à contrer la « déterrestration » qu'induit la domination du discours scientifique et du discours capitaliste, dans une « poétique continuée par tous les moyens », l'oeuvre de Michel Deguy oppose une « suspension volontaire de croyance », une « sortie du religieux » , comme possible à-venir du sujet contemporain. Elle s'obstine à opposer le poétique aux divers pharmakons , prothèses, proposés aujourd'hui par les techno-sciences à la division subjective de l'être parlant. Ainsi est-elle incessante mise en examen du culturel, du politique , interrogeant leur défiguration, pour laisser place à l'expérience déconcertante du langage comme « allégresse pensive ». Pour laisser place au poème, rejouant en son éthique, notre être-au-monde.

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