Littérature traduite

  • On retrouve certes dans les dialogues sur la morale et la religion, rédigés vers 1679, et rassemblant le Dialogue entre un théologien et un misosophe, le Dialogue entre Poliandre et Théophile, le Dialogue entre Théophile et Polidore, le Dialogue entre un habile politique et un ecclésiastique d'une piété reconnue et la Conversation du marquis de Pianèse, ministre d'État de Savoie, et du Père Emery ermite, la finalité théologique qui anime, au fond, toute l'oeuvre leibnizienne. Il ne s'agit cependant pas, contrairement à ce que certains ont pu affirmer, d'un quelconque mysticisme chrétien mais d'un puissant éloge de la raison : l'amour éclairé de Dieu. Le projet de réunion des Églises luthérienne et romaine peut ainsi trouver son pendant dans l'union des savants que Leibniz cherche à établir dans le Mémoire pour des personnes éclairées et de bonne intention, publié en appendice à la présente édition des dialogues.

  • Comment concilier la bonté et la justice de Dieu avec l'existence du mal dans le monde? Puisqu'il est la raison ultime de toutes choses, Dieu n'est-il pas l'auteur du péché? Est-il possible d'accorder sa toute-puissance et sa prescience avec la liberté de l'homme? Les textes rassemblés ici, couvrant la période 1671-1677, témoignent de l'intérêt vif et précoce de G.W. Leibniz (1646-1716) pour ces questions. Ils montrent le jeune philosophe allemand très critique à l'égard des solutions traditionnelles au « problème » du mal, refusant de réduire le péché à un non-être et défendant une forme de nécessitarisme néanmoins compatible avec la liberté. Figure dans cette anthologie la célèbre Profession de foi du philosophe (Confessio Philosophi), publiée dans une nouvelle traduction. Dans ce dialogue rédigé vraisemblablement entre l'automne 1672 et l'hiver 1672-1673, Leibniz expose, pour la première fois de manière aussi complète, une démonstration de la justice de Dieu et la conception qu'il se fait de la liberté humaine. On aurait tort d'y voir simplement la préfiguration des thèses de la future Théodicée. Le lecteur y trouvera, ainsi que dans les textes qui l'accompagnent, l'expression d'une pensée différente à bien des égards et déjà originale.

    Introduction, traduction et notes par P. Rateau.

  • « Que l'on étudie donc la nécessité des phénomènes matériels et l'ordre des causes efficientes, on trouvera que rien ne se passe sans une cause qui satisfait l'imagination, que rien n'échappe aux lois mathématiques du mécanisme. Que l'on contemple d'autre part la chaîne d'or des fins et la sphère des formes qui constituent comme un monde intelligible, et l'on reconnaîtra que, grâce à la perfection de l'Auteur suprème, les sommets de l'éthique et de la métaphysique se confondent, de sorte que rien ne se fait sans la plus haute raison. Car le même Dieu est à la fois la forme éminente et la cause efficiente première et la fin ou l'ultime raison des choses. Il sied que nous adorions ses traces dans les choses et que non seulement nous contemplions les moyens par lesquels il agit et le mécanisme des causes matérielles, mais qu'encore nous méditions sur les fins sublimes de cette admirable habileté; que nous reconnaissions en Dieu, en même temps que l'architecte du monde matériel, aussi et surtout le Roi des esprits, dont l'intelligence a tout ordonné pour le mieux et créer l'univers comme l'État le plus parfait possible sous le gouvernement du plus puissant et du plus sage des monarques. »

  • Rédigée à Paris en 1673, éditée pour la première fois en 1915, la Confessio philosophi présente la première formulation de ce qui deviendra un thème majeur, l'un des plus mal compris aussi par les critiques, de l'oeuvre de maturité. Dans sa Théodicée, Leibniz en rappellera lui-même le sujet central : « Un dialogue latin de ma façon, où je mettais déjà en fait que Dieu ayant choisi le plus parfait de tous les mondes possibles, avait été porté par sa sagesse à permettre le mal qui y était annexé, mais qui n'empêchait pas que tout compté et rabattu ce monde ne fût le meilleur qui pût être choisi. » L'« optimisme » leibnizien s'exprime ici au plus près de sa source religieuse; la justification de la réalité reconnaît l'ombre comme la contre-partie inéluctable de toute illumination.

  • Le calcul peut-il établir que le nombre des «vérités», puisqu'exprimées à l'aide des ressources d'un alphabet fini, est lui aussi fini et que les hommes en viendront à la longue à ne rien pouvoir dire qui ne soit une redite? Alors serait atteint l'Horizon de la doctrine humaine, sur lequel Leibniz médite en 1693.
    Mais le réel ne se laisse pas enfermer dans les arrangements finis de l'alphabet. Pour qui connaît le détail des choses, le monde ne peut être astreint à l'éternel retour. Le progrès des esprits est dans la croissance sans fin du bonheur de mieux savoir, plus ultra.
    Les deux opuscules sont publiés ici avec d'autres fragments qui en éclairent les tenants et aboutissants.

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