Isabelle Lortholary

  • Jumelles et jumeaux fascinent et excitent toujours l'imagination, comme ils ont fasciné et excité celle des anciens, nourrissant mythes, légendes et plus tard contes, BD ou films. La figure du double, qui occupe une place centrale dans l'imaginaire collectif, invite au fantasme, et aux clichés, à tel point que tout le monde a un avis ou une anecdote à raconter : les jumelles sont comme ci, les jumeaux font comme ça...
    Mais les jumeaux eux-mêmes, que disent-ils d'eux et de leur histoire ?
    Pour la première fois depuis longtemps - le dernier ouvrage de référence remonte à 1963... - la parole est enfin donnée aux jumeaux : Isabelle Lortholary, journaliste, elle-même jumelle, a recueilli des témoignages inédits avant d'interroger des spécialistes réputés, notamment des psychologues et des psychanalystes de la petite enfance et de l'adolescence, mais aussi l'anthropologue Françoise Héritier ou l'échographiste Roger Bessis. Dans ce livre passionnant, qui aborde la gémellité sur le plan aussi bien scientifique que psychologique, se déconstruisent une à une les certitudes et les vérités trop rapidement acquises pour laisser place à des paroles et histoires de fidélité, de rivalité, de complémentarité, mais aussi d'amour et d'envie. Des paroles et des histoires que nous avons souvent du mal à entendre pour ce qu'elles sont d'abord : des paroles singulières d'êtres uniques.

  • «C'est dans les pensionnats pour filles qu'on découvre les femmes, la nature des femmes, avec en partage un mépris qui colle, poisseux ; et je m'y connaîtrais sur le sujet, j'allais passer les meilleures années de ma vie ici et quand je sortirais, une moitié de l'humanité m'attendrait que je devrais affronter, ignorante. Qui sait si le monde des hommes aurait la même intensité? Qui sait si à la peau des hommes et à leurs corps j'aurais envie de m'y coller et d'y goûter? Que seraient-ils, en comparaison?».
    Une femme évoque son adolescence dans un pensionnat au pied des Pyrénées. Alors qu'elle a quatorze ans, une jeune étrangère intègre l'Institut : Attali, mystérieuse, taciturne, que son indifférence au monde rend fascinante. L'écriture délicate d'Isabelle Lortholary restitue avec force la mélancolie des années de pensionnat et le déchirement d'un amour sans retour. Elle nous fait partager les émois des jeunes pensionnaires livrées à elles-mêmes, leur rage et leur solitude, leur infini désir de tendresse.

  • " Je vis au milieu d'un gynécée, seins et vagins qui crient à la faim, ventres et cuisses qui s'écartent, cheveux et ongles qui se peignent et se coupent et des bouches et des bouches qui s'ouvrent et appellent et gémissent, rien ne m'échappe, rien ne s'efface, je suis écrivain et me remplis de ces riens. J'hésite à déménager, je dormirais en paix, mais sans ces filles autour de moi, que pourrais-je inventer ? Je ne sors jamais ". Ce sont des nouvelles pour la plupart très brèves (hormis le récit central, " Journal d'Ornolac "), plutôt des instantanés mettant en lumière des moments particuliers dans la vie de quelques femmes. Celle qui dit je est en effet toujours une femme en proie à la solitude, aux souvenirs qui apparaissent comme des fantômes, à des arrière-pensées, à des désastres amoureux ou à des amours qui auraient pu seulement exister, à des malentendus. Avec une sensibilité très fine, et un humour mélancolique (ou parfois cruel, comme dans l'histoire de Mme Coquette, très belle femme que la laideur de sa fille enchante), l'auteur développe des ambiances délicates, pleines de charme, traversées de traits d'ironie.

  • 'Et c'est ainsi que nous trinquons, vingt ans après les événements : quatre filles au pied d'une falaise et nos mères à présent enterrées dans le cimetière à côté.
    - L'été 1975, c'était celui du géologue et des deux Anglaises disparues, c'est ça?
    - C'e

  • Facile de quitter Paris, ses amis, sa maîtresse, pour aller habiter dans un petit village, seule avec maman. Heureusement, Violette se trouve un confident parfait : un cahier rouge, dans lequel elle livre ses pensées.

  • « Tu es jumelle ! Qu'est-ce que cela fait d'être une jumelle ? ». Quand j'étais plus jeune, la question revenait souvent, j'adorais y répondre. J'avais pour cela une formule toute faite, « cela change tout. Je ne suis pas une mais deux. Je ne serai jamais seule », le ton était désinvolte. « Qu'est-ce que cela fait d'être une jumelle ? », on me l'a trop demandé pour que je ne m'y essaie pas encore. Dire l'indicible, raconter le lien, elle et moi, l'une et l'autre, non pas une mais deux. Ma soeur est ma première inspiration et mon personnage préféré, ma plus longue histoire d'amour.

  • L'une a six ans et déteste sa mère qui est méchante. Elle a envie de la tuer.
    L'une est grondée parce qu'elle avale trop de chocolat, « Tu vas devenir grosse ma fi lle ». Elle arrête donc de manger. L'une regarde toutes les femmes, sur la plage, dans les magazines : elles sont fi nes et jolies, ne sont pas gênées par leur corps. Comment font-elles ?
    L'une et l'autre sont jumelles, on les met dans le même sac depuis leur naissance. Comment échapper à son destin ? Elles auront une fi lle du même âge. L'une ne voulait pourtant que cela, une fi lle. Quand elle la voit, un si joli trousseau, pour une si vilaine petite fille, elle a envie de pleurer. À l'hôpital elle n'arrive pas à l'aimer tout de suite. L'une pourrait déserter, fuir. Abandonner son mari et son bébé. Tous les après-midi, elle rêve. Son enfant pleure, elle hurle, elle ne l'entend pas. C'est leur secret. Heureuse, ou presque se compose de courtes nouvelles. Certaines décrivent de brèves scènes de la vie quotidienne, d'autres se déroulent sur plusieurs jours ou plusieurs mois. Chacune met en scène une femme, une mère, une fille ou une soeur, confrontées à des moments plus ou moins fragiles et sensibles de l'existence (la gémellité, le mariage, l'annonce de la maternité ou l'accouchement).
    À travers des portraits, drôles ou émouvants, des tranches de vie joliment croquées, Isabelle Lortholary explore finement la question de la féminité. Comment devient-on femme ? Quelle femme est-on ?

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