Sciences humaines & sociales

  • L'histoire a toujours sévèrement jugé les rois mérovingiens et l'âge obscur qui prolonge la romanité tardive jusqu'à la renaissance carolingienne. Patrick J. Geary fait justice de cette image négative : Charlemagne et les siens avaient tout intérêt, pour légitimer l'usurpation, à inventer le concept de « roi fainéant ».
    Le Monde mérovingien fait revivre, en ses diverses dimensions, une époque multiple et féconde, mettant l'accent sur le rôle éminent des gens d'Église dans le jeu du pouvoir politique : pouvoir épiscopal, privilège de l'ancienne aristocratie sénatoriale, qui prolonge les idéaux de la romanitas et les frontières des civitates romaines ; pouvoir des moines qui, par vagues successives (monachisme martinien, provençal, irlandais, puis anglo-saxon), introduisent des formes de religion et d'organisation géo-politique nouvelles. Passionnante fusion de deux mondes, romain et barbare, l'âge mérovingien voit le sol se couvrir d'abbayes, et se modeler en même temps le paysage politique et culturel de ce qui sera un jour la France.

  • L'Europe d'aujourd'hui ressemblerait-elle à celle de 1914 ? N'est-elle pas minée par les droits des minorités, par les particularismes religieux et linguistiques ? En Ukraine, en Russie, en Biélorussie et en Crimée, les revendications de souveraineté nationale grondent. En Hongrie aussi, les hostilités vont bon train.
    À l'origine de ces conflits, au fondement de ces revendications, une même mystification historique : chacun de ces peuples, existant de toute éternité, aurait dans un passé lointain acquis le droit de propriété du territoire qu'il revendique aujourd'hui pour sien.
    C'est ainsi que les Germains seraient « nés » au Ier siècle, les Francs au Ve siècle, ou les Croates au VIe siècle. Une vision de l'histoire inventée par le XIXe siècle, sous l'influence des romantiques et des idéologues nationalistes, qui imprègne les discours identitaires aujourd'hui.
    À la fiction du « nous étions là les premiers », Patrick Geary, grand spécialiste du Moyen Âge, oppose une Europe médiévale sans cesse remodelée par les conquêtes et les migrations : une Europe multiculturelle avant l'heure.

  • L'auteur analyse le contexte des reliques après avoir justifié le choix de la période étudiée : entre 800 et 1100 environ, le culte des reliques est au centre du christianisme occidental et du culte des saints.

  • A partir d'archives officielles, de nécrologies familiales et de mémoires des moines, l'auteur montre comment se construit une mémoire collective. Il nous permet de comprendre les modes de perception des individus au XIe siècle. Une contribution à l'histoire de la société médiévale.

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