Philippe Barthelet

  • Gustave Thibon (1903-2001) est un prodige : un homme vivant, au milieu des livres. Non seulement parce que ce philosophe poète connaît par coeur des milliers de vers, tant français que provençaux, latins, italiens, allemands, espagnols mais surtout parce qu'il donne l'impression, impression qui est une réalité, d'être en communion avec leurs auteurs. Dans ces entretiens Gustave Thibon évoque ceux qu'il a connus, poètes, artistes, philosophes.

  • C´est l´histoire d´un enfant puis d´un adolescent dans les années 1960 et 1970. Il est solitaire avec ses rêves. L´attente de l´amitié qu´il connaîtra puis qu´il perdra, au seuil d´une nouvelle solitude, celle de la vie.

  • Philippe Barthelet nous conduit vers la scène où se joue le "drame" de Valère Novarina, un des auteurs les plus profonds de ce temps. Le drame de la langue française, le drame de la "présence réelle" ou de l'action du verbe dont on cesse trop souvent de contempler les merveilles... Car ce sont les mots qui nous précèdent et nous éclairent... Au fil de cette joyeuse réinvention de l'esprit novarinien, d'autres présences se nomment et se joignent au jeu : Wittgenstein, Orwell, Joseph de Maistre, Cingria et tant d'autres.
    Etymologie, chant sacré et célébration... c'est, de nouveau, en poète, souffleur de feu et de fluides, que Philippe Barthelet honore et dialogue avec l'homme dont le théâtre est d'abord langage.
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  • « Le comble du chic langagier est aujourd'hui de parler latin en anglais, qu'il s'agisse du fax, abréviation de fac simile, soit notre bon vieux bélinographe, du campus qui remplace les universités ou du versus des plaideurs qui oppose désormais dans les gazettes des adversaires de toute nature. (...) Outre le pékin, le dialecte saint-cyrien a enrichi la langue française du casoar, soit le plumet rouge et blanc que les élèves arborent sur leurs shakos. Ce totem volatile n'est pas le seul emprunt de la langue militaire aux nomenclatures de Buffon ou de la Maison rustique : entre cent, l'infanterie de marine recrute des marsouins, un officier général se dit un poireau et ses décorations, des bananes. (...) Que dire de tous ces mots perdus, et des nuances perdues avec eux, comme l'adjectif sade et son exquis sadinet, qui nous mène aussi loin que possible des manies et fureurs d'un certain marquis ? Que dire enfin de tous ces diminutifs si parlants, sécheron, volereau - qui est encore chez La Fontaine - ou valeton, le petit valet impertinent qui a donné le verbe « s'évaltonner » ? Certains de ces vieux mots pourraient encore frapper les oreilles contemporaines, qui d'ailleurs n'y entendraient rien, tant les mêmes sons ont souvent changé de sens. Ainsi de brifer - manger gloutonnement - tous les chiens courants s'appelaient Brifaut - que l'argot nous a conservé mais que le franglais dépayse d'après briefing.(...) Le fisc, lui, ne passera pas. Son nom pourtant bénin de « petit panier » mérite en effet de rester sans rime et de n'avoir pas d'équivalent : passent les régimes et les poètes, les promesses et les illusions, seul demeure cet inéluctable. Du petit panier d'osier ou de jonc, fiscus, des anciens Romains, le mot a pris les proportions et la contenance du tonneau des Danaïdes. Il a donné au latin puis au français un verbe, confisquer, soit « réunir au fisc ». » La langue française a plus d'un tour dans son sac. Tantôt formelle à pleurer, tantôt enguirlandée à outrance, tantôt prisonnière d'un jargon ou d'une posture, tantôt ludique et lumineuse...la voilà prise en chasse par notre auteur dans un paysage aux étymologies fuyantes et complices. C'est que le génie de la langue ne tient pas en bouteille mais nous saute volontiers au visage, histoire de nous rappeler ses accords émouvants, ses mille cheminements intérieurs. Erudit, drôle et gourmet...

  • "Ces tulipes orageuses, c'est Henri Rochefort qui les ambitionnait aux jeux floraux de la littérature de son temps ; un temps qui le cantonnait dans le genre "pamphlétaire", parce qu'il prétendait que les mots publics pouvaient être autre chose que des formules de politesse. Quand la si mal nommée "langue de bois" interdit toute parole vive, le moindre propos pas encore tout à fait lignifié devient"polémique", et la qualification vaut flétrissure.
    Car les gardiens de la langue de bois sont de sourcilleux moralisateurs, le "correct" est la règle d'or à laquelle ils sacrifient tout avec un zèle sans reproche." Ces tulipes-épées jailliraient-elles d'une nouvelle botte secrète de Philippe Barthelet ? Convoquant sur-le-champ tous les excès ou "éclats" de langue dont est capable le français : polémique, persiflage, "dit" du droit, etc. Occasions parfois sanglantes d'apprendre d'insolites anecdotes quant à ces maux que donnent toujours les mots...
    Quand on les juge déplacés ou pire : dignes de véritables déclarations de guerre ! Erudit, gourmet et... bien frappé !

  • Vert Dragon est le dernier volet du « Roman de la langue », qui en compte sept (comme Harry Potter) : les précédents sont L'Étrangleur de perroquets, Baraliptons, L'Olifant, Fou Forêt, Salut aux bêtes sauvages, Tulipes d'orage (les trois derniers également aux éditions Pierre-Guillaume de Roux). De quoi s'agit-il ? D'un roman de la langue, non pas d'un essai ou d'un traité sur la langue.
    Roman de la langue, au double sens de de : la langue en est à la fois l'objet et l'auteur. C'est toute la différence avec un essai sur la langue, où l'on en parle du dehors, d'en haut, comme des ours que l'on regarde au zoo du bord de leur fosse : on ne s'en mêle pas. Le « roman de la langue » ne prend pas les choses de haut, mais du dedans : on marche avec les ours, on va voir de quel vert sont les écailles du dragon, avec le plaisir et l'effroi mêlés qu'une telle aventure comporte.
    Un roman est une aventure, et le roman de la langue par dessus tout, puisqu'il contient en soi tous les romans possibles. Qu'est-ce qu'une aventure ? Une succession de choses qui arrivent, où le début ne connaît pas la fin. Comme la marche se prouve en marchant, la langue se prouve en parlant (en écrivant). Non pas en écrivant sur, comme si une vitre ou une pellicule de cellophane nous tenaient séparés de la réalité, comme si nous étions en dehors, mais en écrivant, tout court, avec le risque de s'abandonner aux mots qui ont leur vie propre, qui ne sont pas du tout ce qu'on voudrait nous faire croire, des signes conventionnels inventés par notre esprit. Et ce « roman de la langue » a ceci de particulier que les mots sont à la fois le pays à explorer et l'équipement de l'explorateur, sa carte et sa boussole (et aussi ses armes et ses provisions).
    Où cela nous mène-t-il ? À deviner ce que les mots veulent dire, qui n'est pas toujours ce que nous voulons dire nous, par quoi d'ailleurs la méconnaissance de notre propre langue nous fait nous trahir et risquer de nous perdre, en disant souvent autre chose, et parfois le contraire, de ce que nous voudrions. Les mots gardent cette mémoire la plus profonde qui est la nôtre, les mots nous gardent ; la langue n'est pas un outil ou un vêtement qui n'aurait pas de rapport avec nous, dont nous pourrions changer par simple caprice ou convenance : ce sont les mots qui nous ont fait, et ce sont eux qui nous sauveront.

  • "C'est ainsi que les aéroports ont maintenant des "lignes domestiques" et non plus intérieures ; que les divers guichets ne donnent plus de renseignements, mais des "informations" et qu'on n'occupe plus un lieu, mais un "site", qui deviendra un "sanctuaire", si peu qu'on le défende avec des armes décalquées, "conventionnelles"ou non, comme les "missiles de croisière"." Le français ne s'apprend pas, il se conquiert.
    C'est un éternel hors-la-loi dont le domaine d'action rejoint un monde plus vaste que l'Hexagone. Fuyant les "autoroutes" du langage automatisé que préconisent les ministères ; ruant dans les brancards du style académique, le français, traqué de toutes parts, riposte et tend ses embuscades. poétiques. Gare à "feu follet" : à l'autre bout du monde, il devient soudain "Fou forêt". "Coloquintes !Volubilis ! hé, clématites !" ne sont plus de vulgaires injures dans la bouche de Céline, mais tout un jardin extraordinaire aux réminiscences théologiques.
    Quant aux "âmes chaudes" de Strasbourg, c'est un paradis introuvable que dissimule le délicieux plat de saucisses qu'elles désignent. Promesses bien françaises ? Tant pis si les "péripéties" invoquées par le général de Gaulle au cours de la guerre d'Algérie firent oublier leur sens initial de "catastrophe". Qu'importe si le célèbre "J'ai la haine" des cités,- qui ranime le mot de César - dépasse la sociologie. Le français a du coeur.
    Ne résista-t-il pas longtemps à la "mort", en lui opposant le "trépas"? II est vrai qu'il tient essentiellement son savoir-vivre de la saveur : à mi-chemin entre le savoir et la sagesse. Une leçon de panache, de poésie et d'humour signée Philippe Barthelet.

  • Métaphysicien et poète, auteur d'une oeuvre philosophique que sa force et son originalité mettent au premier rang, Gustave Thibon est pourtant moins connu en France que dans les pays de langue anglaise ou espagnole, où son importance a été reconnue dès le milieu du XXe siècle. Ce paradoxe a diverses raisons, que ce Dossier H se propose d'examiner.

  • L'olifant

    Philippe Barthelet

    • Rocher
    • 20 Mars 2008

    Avec Baraliptons (Le Rocher, 2007), Philippe Barthelet nous a donné un monument, la première pierre de son " roman de la langue ". L'Académie française ne s'y est pas trompée, qui décerna à ce livre son prix de l'essai. Pour notre bonheur, voici aujourd'hui L'Olifant. L'intelligence, la finesse, l'érudition sont au rendez-vous. Et toujours ces tours de magie du langage dont Philippe Barthelet a le secret. Pourquoi est-il préférable de dire putain ou même pute plutôt que prostituée ?. Comment fonctionnaient les lapalissades - " L'avenir est devant nous ! " - d'un certain général ? Ce qui fait que les Dupont(d) de Tintin sont, en somme, nés sous le même signe astral que Jésus-Christ. Et qu'entendre exactement dans les paroles de l'hymne national du Vanuatu : " Youmi, youmi, youmi ; I glat blong talem se ". Jouez hautbois, résonnez musettes : Philippe Barthelet, l'enchanteur grammairien, est de retour !

  • Dès 1999, le Manifeste Contrelittéraire et la revue Contre littérature avait anticipé le mouvement culturel de grande envergure qui se dessine aujourd'hui dans le monde: l'émergence d'une authentique écologie de l'esprit.
    L'ambiguïté même du terme "contrelittérature" veut exprimer cette logique du paradoxe qui est celle de la pensée rebelle. Le combat du rebelle est un combat pour l'esprit. La finalité de l'art - Pourquoi l'art ? - pose le problème de l'homme: " Qu'est-ce que l'homme ? " Le retournement à une conception anthropologique ternaire - corps, âme, esprit - vise à réintroduire, sur les ruines de l'art moderne, la dimension spirituelle de la liberté.
    La littérature, au sens moderne, fut le choc en retour du rejet de la dimension mystique qui se mesure à la forclusion des textes de la mystique chrétienne, à l'effacement de la musique sacrée, à la disparition du tragique au théâtre. L'esprit demeurera toujours le "matériau le plus avancé" de l'art. En réintroduisant la mystique dans l'ordre artistique, la contrelittérature ouvre le futur d'une antériorité oubliée.
    Le Manifeste pour l'esprit tente de rétablir le sens obvie de l'art que le nihilisme avait arraisonné: les contrelittéraires combattront d'une main et construiront de l'autre !

  • Baraliptons

    Philippe Barthelet

    • Rocher
    • 25 Janvier 2007

    Chroniques sur la langue, la française et les autres, écrites avant d'être confiées aux ondes de France Culture, et organisées à la manière d'un jeu de piste : la chasse aux baraliptons est le deuxième épisode de L'Etrangleur de perroquets, vaste fresque sur les façons de penser, de parler et d'écrire des hommes et des dieux à travers le monde et les siècles. Le chasseur de baraliptons doit s'armer de curiosité et d'humour métaphysique, qui sont les moyens les plus sûrs de débusquer ce qu'il traque, l'esprit des mots, et de le capturer vivant. Des idéogrammes chinois à la langue de la publicité, de la rhétorique à l'art des dictionnaires et aux paradoxes de la linguistique, du rap au tag et de l'alchimie à Borges ou Harold Pinter, de l'alsacien au moldave, il n'est guère de domaines où ne nous entraîne la chasse aux baraliptons.

  • «Nous t'avons trouvé pâle et calme, étrangement couronné de fleurs, beau et secret comme un enfant...» Dans ce chant funèbre d'un jour qu'il a aimé, Day that I loved, Rupert Brooke se trahit dans cette parenthèse, trahit cette intime prophétie du poète qui sait ce qu'il dit, d'une science obscure et définitive : c'est un jour qu'il a aimé dont il décrit l'embarquement de la dépouille sur quelle mer ténébreuse, et là-bas nulle clameur de gloire comme chez Lord Tennyson, mais le dernier feu sur l'abîme, flame ultimate on the deep» Rupert Brooke (1887-1915) fut le prince de la jeunesse et aussi, à son corps défendant, le prince du paradoxe : l'auteur d'un des plus beaux poèmes jamais écrits sur l'amour de la patrie, The Soldier («Le Soldat»), qui fit de lui le plus célèbre «poète de guerre» anglais, n'a pas eu le temps de combattre.
    Il est mort le 23 avril 1915, deux jours avant le débarquement des Dardanelles, et a été enterré sur nie de Scyros. Un hymne à la gloire du dernier chantre de la poésie immortelle.

  • Ce livre nous invite à un voyage en Allemagne aux confins de la Forêt-Noire, jusqu'au lac de Constance. Le coeur du récit est le village de Wilflingen, où réside Ernst Jünger. Les deux auteurs relatent les moments passés en sa compagnie et celle de son épouse, dans un climat de simplicité amicale, évoquant la vie quotidienne et les questions littéraires : une façon toute personnelle d'approcher l'oeuvre de l'auteur de Sur les falaises de marbre.
    En contrepoint, des conversations avec des tiers, écrivains pour la plupart, amis de Jünger ou fascinés par lui : Julien Gracq, Henri Thomas, Jules Roy, Stephen Spender et même François Mitterrand.
    Par association, apparaissent d'autres figures majeures de la littérature germanique : Novalis, Wieland, Annette von Droste-Hülshoff, Heine, Hölderlin surtout, jusqu'au poète Friedrich Georg Jünger, le frère d'Ernst, ou Heidegger. La tradition ru romantisme allemand contenait pour chaque artiste le rituel du voyage. Ce texte mouvant construit son univers esthétique en explorant des oeuvres et des lieux chargés de mémoire.

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