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  • « Nous ne pourrons rester ici », écrivaient fréquemment les marchands vénitiens installés en Syrie à la fin du XVe siècle. Et pourtant, ils restaient, pour leur honneur et leur profit, « per honore et utello ». Fondée sur la traduction et l'analyse de leur correspondance déposée aux archives de la province de Venise, la recherche extraordinairement minutieuse de Éric Vallet nous fait découvrir qui étaient ces marchands de Venise « expatriés » au Levant. Une vie rythmée par le temps des nefs et des galées, le temps de la « ventura » qui est le temps où celui qui ne risque pas ne gagne pas. Entre rhubarbe et coton, cendres et soie, draps et ducats, ils font des affaires, pas simplement pour gagner de l'argent dont ils espèrent parfois qu'il arrivera « par l'opération du Saint Esprit », mais aussi et peut être surtout pour tenir leur rang.

  • Pourquoi, alors que le téléphone se répand comme une tramée de poudre aux États-Unis, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, reste t il en France limité aux professionnels et à quelques membres de la haute bourgeoisieoe Pourquoi, alors que la France était dans les années 1880 à la pointe du progrès technique dans ce secteur, ne disposait elle, à la veille de la Première Guerre mondiale que de 340 000 appareils alors que l'Allemagne en comptait 1,5 million et la Grande-Bretagne 770 000oe Est ce parce que l'État, voulant un téléphone « républicain », c'est à dire accessible à tous, multiplia les centraux téléphoniques pour un nombre utilisateurs réduitoe Ou est ce parce qu'en transgressant les barrières dressées par une société fortement hiérarchique, le téléphone permettait de joindre les gens chez eux, dans leur intimité et sans intermédiaire ? Telles sont les questions que pause Pierre Aulas dans cette recherche qui éclaire de manière exemplaire la complexité des relations entre innovation technologique et société.

  • A la veille du premier conflit mondial, le modèle démocratique paraissait encore bien loin de s'imposer aux grandes puissances occidentales. Les turbulences de l'entre-deux guerres puis la répétition violente de celle qui ne fut finalement pas la « der-des-der » secouèrent plus violemment encore les bases de cette construction démocratique dont l'Europe et les États-Unis s'affirmaient comme les seuls foyers probables.
    Cette élaboration longue et chaotique ne masque cependant pas l'actuelle convergence et la stabilisation d'une démocratie libérale triomphante dans ce noyau d'États privilégiés, dont certains ont pu dire qu'ils expérimentaient avant les autres la « fin de l'histoire ».
    Autour de questions tout à la fois nationales et comparatives, André Kaspi, Alfred Grosser, Jean-Noël Jeanneney, Michel Winock, Robert Frank, Pascal Ory et Jacques Marseille, nous livrent ici de stimulantes réflexions sur les victoires et les déboires de ce système, « le pire à l'exception de tous les autres ».

  • Les actes du colloque L'Occupation, l'État français et les entreprises (Besançon, mars 1999) réunissent 27 contributions d'universitaires français et étrangers qui ont abordé l'étude de cette période en sortant des stéréotypes qui caractérisent tant de publications sur le sujet. Le poids de la contrainte allemande est étudié du point de vue des politiques allemandes, différentes selon les pays occupés, la logique des acteurs et une chronologie qui révèle de notables évolutions.
    Les politiques suivies (énergie, marché noir, main d'oeuvre, finances publiques...) traduisent moins l'influence de l'idéologie (sauf en ce qui concerne l'aryanisation) que le fardeau des contraintes de l'occupation et le poids des tendances à long terme, voire des hésitations et improvisations. Le comportement des élites technocratiques et économiques se révèle moins simple, moins uniforme, moins caricatural qu'on ne l'a écrit pour peu qu'on veuille se donner la peine d'étudier finement les groupes considérés (technocrates, inspecteurs des finances, dirigeants des comités d'organisation, patrons) par une réflexion sur les concepts, un retour aux archives, une étude prosopographique.
    Les commandes allemandes, contraintes et/ou choisies, offrent aux entreprises des perspectives très diverses selon les acteurs, la situation du marché, la taille des entreprises, leur situation en zone libre ou occupée, leurs perspectives pour l'après-guerre. Dans ces conditions, varient considérablement leur marge de liberté, leur capacité d'innovation, leur politique sociale, leurs profits, leurs perspectives et... la transparence ou l'opacité de leurs comportements aux yeux des historiens.

  • La prise de risque du créateur d'entreprise est au coeur du processus de croissance économique. C'est elle qui renouvelle en permanence le tissu industriel, stimule le progrès technique et satisfait le mieux 1e marché. Or, si la recherche a jusqu'ici bien décrit comment se sont constituées ces grandes entreprises dont on pensait qu'elles étaient mieux adaptées à l'extension des marchés, elle n'a guère pour l'instant pénétré l'esprit des pionniers de l'économie, ces hommes qui misent leur vie et leur fortune dans des entreprises dont, au départ, on ne pouvait guère supputer les chances.
    Fruit d'un colloque organisé en Sorbonne sous la direction de Jacques Marseille, cet ouvrage a pour ambition de mieux faire connaître ces entrepreneurs dont l'action est toujours déterminante, de mieux comprendre les idées, les valeurs et les ambitions des individus qui font un jour le choix de la création, de cerner ces " cultures patronales " qu'il faut bien invoquer quand toutes les autres explications ont échoué, de débrouiller le jeu complexe des relations entre les choix individuels et l'évolution de l'environnement, de reconstituer l'espace des possibles a l'intérieur duquel se prennent. les décisions.
    Mêlant la biographie et l'analyse quantitative, la sociologie des acteurs et l'économie des contraintes, la dynamique des tendances " lourdes " et l'intelligence des cas individuels, il veut à la fois éclairer le passé et fournir quelques réflexions sur l'avenir.

  • L'idée relevait de La gageure et maintes fois durant ces six derniers mois, nous avons failli renoncer tant étaient grandes les difficultés techniques et statistiques de notre entreprise. Si ta tâche s'est avérée relativement facile pour certains domaines comme la démographie, grâce aux merveilleuses séries longues de l'INED, que de difficultés par contre pour raccorder des séries macroéconomiques, pour trouver en particulier quelques années repères avant 1939, pour mesurer aussi ce qui l'était peu ou mal au début du siècle.

    Certains de nos graphiques doivent avant tout être "regardés" comme des tendances de longue période beaucoup plus que comme des comparaisons exactes d'une année par rapport à une autre.

    Le lecteur attentif constatera aussi quelques lacunes qui sont malheureusement celles de nos sources. Il faut par contre nous expliquer sur un de nos choix essentiels celui de n'avoir traité ici que de la France, sans chercher à ta resituer dans son environnement mondial, ni même européen. Mais au moment où s'ouvre l'aventure européenne, ne fallait-il pas rappeler ce qu'est au plus profond Le génie français ! Faute de temps et de moyens, nous n'avons travaillé que sur des séries déjà existantes en utilisant les travaux des historiens de l'économie que nous avons abondamment consultés. Que Michel Lutfalla, Pierre Villa, Cyrille Hautcoeur, Jacques Marseille, Jean-Marie Martin, Dominique Barjot, Louis Maurin, Bruno Dumons, Christian Rossignol, entre autres, soient ici remerciés pour leur disponibilité tout comme les responsables des nombreux fonds que nous avons consultés, et en particulier Dominique Dalle-Molle de Rexecode.

  • En près d'un siècle, de 1880 à 1970, le pouvoir d'achat des habitants de l'Europe occidentale a été multiplié par cinq. Une révolution « silencieuse » finalement peu perçue par ceux qui ont vécu, au cours de cette même période, la « grande dépression » de la fin du XIX° siècle, la Première Guerre mondiale, la crise des années 1930, la Deuxième Guerre mondiale et les rudes années de la Reconstruction. Souvent mise au banc des accusés par ceux qui estimaient en être les victimes, l'industrialisation est pourtant à l'origine de cette formidable transformation des sociétés occidentales qui, au-delà de leurs divergences, ont adopté des standards de vie qui peuvent faire penser qu'existe aujourd'hui une société européenne. Par la grande ou la petite entreprise, le marché libre ou réglementé, le sacrifice ou la sauvegarde des campagnes, l'urbanisation forte ou lâche,l'expansion des industries de base ou la performance des industries de consommation, le charbon ou électricité, les « managers » ou les familles, les pays de l'Europe occidentale, en suivant chacun leur "style", ont fini par s'unir au lieu de s'opposer. Une dynamique que mettent en lumière les historiens de l'économie et de la société dont les contributions éclairent de manière neuve la façon dont chacun des pays a réagi aux logiques et aux contraintes de l'industrialisation.

  • L'ADHE (Association pour le Développement de l'Histoire Économique) et l'APHG (Association des professeurs d'histoire et de géographie) se sont associées pour organiser à Paris une journée d'étude à l'intention des candidats au concours CAPES et Agrégation et de l'ensemble des professeurs d'histoire et de géographie. Notre but est de leur présenter les acquis récents de la recherche historique, des pistes de réflexion et les nouvelles problématiques de cette question d'histoire rurale.

  • On a souvent considéré qu'à l'époque moderne, la monnaie était réservée à la ville, à la noblesse et au grand négoce. Cette recherche méticuleuse fondée sur des sources notariales met largement en cause cette idée reçue. A travers règlements et paiements, ventes et amortissements de rentes, traités de mariages et inventaires après décès, surgissent ducats italiens, flamands ou portugais, pistoles ou réales d'Espagne, esterlins britanniques et surtout écus et testons français. Des journaliers manipulent de l'or. Des paysans utilisent des billets de la Banque Royale. Aucune barrière sociale ne s'oppose en fait à la circulation de l'argent en pays d'Auge.
    Est-ce que parce qu'il est si courant que l'on n'en parle pas ? Ou est-ce par respect, superstition ou crainte d'autruioe Ce qui est certain, c'est que l'argent est ici « monnaie courante » et que, de l'aumône au pot de vin, de la dot à l'impôt, les hommes et les femmes entretiennent avec lui un rapport intime.
    Enfoui dans un sac de toile ou remisé dans un tiroir, dans une « bourse brodée d'or » ou dans les poches des petites gens, il est bien devenu un instrument économique d'échange de base à une époque ou on ne l'attendait guère.

  • S'intéresser à un produit comme la soude à Marseille au XVIIIe siècle, c'est retracer l'histoire de l'explosion d'un marché, liée à la multiplication des verreries dans tout le Midi méditerranéen et à l'expansion de la savonnerie marseillaise ; mais, c'est surtout, à travers l'histoire de cette "chose banale", observer l'apparition de nouveaux comportements, de nouvelles perceptions, et finalement éclairer d'une autre lumière l'entrée dans la modernité.

  • Lutter contre le cinéma américain, contrôler la qualité des oeuvres, élever le niveau culturel de la population, régler quelques comptes aux dépens de Tino Rossi ou de Viviane Romance, vilipender le "sexe et la mitraillette", telle fut l'ambition de la censure cinématographique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une censure contrôlée par le P.C.F. mais qui correspondait assez à la frilosité et au paternalisme d'un régime qui s'intéressait trop au cinéma pour lui confier l'éducation et la distraction des "masses".

  • Industries culturelles » : le pluriel ici employé vise à démarquer ce colloque des théoriciens de l'école de Francfort qui emploient l'expression au singulier, soulignant ainsi que la culture est devenue une marchandise. La nuance péjorative apparaît dans les effets présumés de cette mutation : le nivellement par le bas, l'aliénation et l'endoctrinement du public.


    En revanche, les auteurs souhaitent faire le point sur les réalités économiques de la « branche ». En effet, les industries culturelles sont des organismes (entreprises, associations, collectivités locales ou État) qui exercent des activités économiques, industrielles ou de service, mettant en jeu des hommes, des produits et des marques, dégageant des recettes et acquittant des charges. Toutefois, ces industries culturelles interviennent sur un marché spécifique, celui où la référence culturelle, entendue au sens large, demeure prépondérante dans l'acte d'achat par le consommateur. Situés dans un secteur marchand, les acteurs font appel à des financements privés ou publics, mais les principaux producteurs (auteurs, acteurs, artistes, conservateurs, etc.) et une partie des consommateurs redoutent que l'argent n'exerce une influence délétère sur le contenu de ces produits et services. L'ambition de cet ouvrage est d'éclairer cette ambiguïté.

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