Belin Education

  • Ces ouvrages sont le fruit d'une étroite collaboration entre Belin Education et le CNED (Centre national d'enseignement à distance).
    Belin Education apporte son savoir-faire au CNED dans la publication des ouvrages d'anglais et espagnol afin de fournir aux préparationnaires des cours clairs, ordonnés et approfondis sur des sujets précis.

  • La recepción entusiasta que Rayuela recibió desde su aparición, en 1963, proyectó a Julio Cortázar a un sostenido reconocimiento internacional. Su imagen de escritor quedó por siempre asociada a las ideas de ruptura, novedad, rechazo del realismo telúrico; y su novela, al estatuto de jalón de la literatura hispanoamericana. Rayuela renovó experimentalmente los cánones de la composición novelística al aunar de manera lúdica un gesto narrativo: la fragmentación, con una heterogeneidad de lenguajes, discursos, géneros y registros que, en su entrevero, producen un efecto de fractura de toda ilusión de unidad pre-establecida; efecto que a su vez invalida toda voluntad de lectura unívoca y totalizante. Cortázar pensó la escritura ficcional desde el prisma de una analogía musical y boxística: el swing. Los balanceos y torsiones que caracterizan su escritura introducen en su programa narrativo un desplazamiento en el modo tradicional de leer, puesto que la lectura discontinua que Rayuela propone abre la escena de la interpretación tradicional -concebida como resultado- hacia una escena de lectura pensada como un proceso de exploración y comportamiento textual. Cortázar imagina un lector ejecutante.
    Rayuela es la obra más acabada de este programa narrativo, y acaso también, la que más elocuentemente proclama la alta conciencia del oficio de escribir que siempre guió a Julio Cortázar.

  • Fernando de rojas avait raison de dire qu'une oeuvre comme la sienne n'avait jamais été vue ni entendue auparavant en espagne.
    Très librement inspirée de la comédie latine de térence et des auteurs italiens de la fin du moyen âge, la célestine (ca 1500) propose pour la première fois, dans un théâtre d'une densité fabuleuse, une comédie des passions - la luxure, la cupidité, la vengeance. - qui s'achève de façon tragique. c. heusch analyse le processus de création de la célestine pour essayer de comprendre comment une oeuvre aussi radicalement nouvelle et subversive a été possible dans l'espagne des rois catholiques.

  • À la mort de son père Philippe IV, en 1665, c'est un Charles II âgé de quatre ans qui accède au trône d'Espagne. Celui qui allait être le dernier représentant de l'illustre dynastie des Habsbourg espagnols hérite alors d'un État en grave situation de crise démographique, politique et militaire, comme ne manquèrent pas de le souligner les différents témoignages de l'époque.
    Aux craintes générées par cette défavorable conjoncture s'ajoutaient, avec le nouveau monarque, celles provoquées par la délicate question de sa succession et l'absence d'une descendance qui puisse perpétuer la lignée autrichienne, une situation jugée comme irrémédiable puisqu'elle avait donné lieu, dès 1668, à différents pactes de répartition des possessions de la monarchie espagnole entre les nations européennes et qui serait mis en oeuvre dès la mort de son monarque.
    Cependant, loin de se résumer au simple déclin de l'empire espagnol et à la sordide réalité que pouvait représenter la personne chétive et maladive du roi Charles II, le règne de ce dernier vit aussi apparaître les premières manifestations d'un renouveau territorial, politique, économique et culturel. Ces aspects étaient le fruit d'un effort constant pour défendre la réputation et la domination de la monarchie espagnole et constituaient des bases non négligeables sur lesquelles allait pouvoir s'appuyer son successeur, Philippe V, premier souverain Bourbon d'Espagne.
    Cet ouvrage est au programme du concours d'agrégation d'espagnol 2018.

  • Avec Mario Conde, Leonardo Padura crée un personnage qui lui ressemble et qui exprime ses préoccupations face à la réalité cubaine. Dans La neblina del ayer, Mario Conde obéissant à son instinct, infaillible lorsqu il était flic, part à la recherche d'une chanteuse de boléro des années cinquante que tout le monde a oubliée. Cet ouvrage analyse le dernier opus de Leonardo Padura, mettant en scène « l'incorrigible brasseur de souvenirs » qu'est le Conde, en suivant une double thématique, celle du boléro : désenchantement, trahison, nuits ardentes, amours malheureuses, tragédie de la vie et celle du roman noir : doute, culpabilité, incertitude. Dans une île en proie à la pénurie et à la débrouille généralisée, la bibliothèque découverte par Mario Conde sera le point de départ d'un voyage dans l'espace et dans le temps pour aboutir à un bilan qui est l'essence même du polar : la responsabilité collective.

  • En 1808, la vice-royauté de Nouvelle Espagne, séparée de son roi Ferdinand VII, se retrouve face à elle-même et affronte en premier lieu la question de sa souveraineté.
    Le 15 septembre 1810, la violente rébellion populaire conduite par Miguel Hidalgo marque le début d'une longue guerre dont l'évolution sera marquée, dès 1812, par la diffusion et l'application partielle de la Constitution libérale de Cadix. En instaurant un système représentatif de gouvernement, celle-ci bouleverse les fondements politiques d'un royaume qui ne proclamera son indépendance qu'en 1821, avant d'adopter, trois ans plus tard, une Constitution républicaine et fédérale.
    L'indépendance est pourtant fragile, et l'esprit d'unité nationale, majoritairement inexistant, peine à se manifester dans un chassé-croisé de pronunciamientos et d'initiatives constitutionnelles qui canalisent et façonnent tout à la fois le difficile processus de la construction nationale. Celle-ci ne culminera toutefois qu'à la fin du siècle, avec le triomphe d'une doctrine libérale de gouvernement à la fois héritière et réformatrice de son temps.
    Spécialement destiné aux étudiants préparant l'agrégation interne d'espagnol, cet ouvrage entend guider le lecteur à travers une période complexe, tout en lui offrant les clés indispensables à la compréhension et à l'analyse de ses réalités et de ses enjeux.

  • Cette étude aborde le mouvement le plus significatif de la peinture mexicaine à partir de trois artistes essentiels, josé clemente orozco, diego rivera et david alfaro siqueiros.
    Les muralistes ont souvent été considérés comme des artistes au service de l'état post-révolutionnaire. rien n'est moins sûr : l'auteur envisage l'articulation de l'art et de l'histoire tout en dégageant les spécificités de chacun des peintres et en faisant la part de l'autonomie de leur art. un examen critique et minutieux de leurs principales oeuvres montre comment, par l'art de la fresque, ces artistes redécouvraient - et interprétaient - l'histoire du mexique depuis ses origines précolombiennes, entendaient mener ce peuple - aux composants divers - à un nouveau degré de conscience de lui-même, et représenter le potentiel de conflictualité sociale et humaine dont tout art peut être porteur.

  • A peine quelques mois après sa parution, en 1967, cien alios de soledad devenait déjà un phénomène éditorial sans précédent pour un auteur latino-américain et se voyait rangé dans la catégorie des classiques de la littérature universelle.
    Plus de quarante ans plus tard, le succès ne se dément pas, macondo et la famille buendia étant devenus de solides points de convergence culturels dans le monde entier. car cien anos de soledad raconte l'une de ces histoires suffisamment riches pour offrir une infinité d'approches, sans jamais s'épuiser ni lasser. cet ouvrage propose à la fois une analyse du roman pour ce qu'il représente dans l'oeuvre de gabriel garcia marquez et une lecture inédite par la mise en perspective de ses réseaux souterrains de sens, à partir d'une problématique particulièrement novatrice et porteuse : la sémiotique des passions.

  • La tumba de Antígona détone par son hybridité intrinsèque, à la fois philosophique, poétique et tragique. La puissance de ce texte singulier dans l'oeuvre philosophique de María Zambrano, qu'éclairent ses autres " essais " relatifs à la figure mythique d'Antigone, vient sans doute de son caractère de manifeste, en faveur d'une métaphysique incarnée, d'un logos poétique, musical, présocratique et post-ortéguien. Par le choix du théâtre, elle encharne sa " Raison poétique ". Zambrano y manifeste, en outre, la nécessité vitale de refuser la mort tragique que Sophocle impose à Antigone, dans sa tragédie éponyme. " Erreur ! ", s'écrie Zambrano. Depuis son exil, loin de sa terre natale, l'Espagne, alors emmurée dans la dictature franquiste, Zambrano donne la parole aux vaincus, à ceux que l'on croyait morts. L'histoire de son Antigone sera celle de sa renaissance. Son Antigone, hétérodoxe, sera chrétienne - une figure mariale, christique même -, mais résistante et engagée.
    Agrégée d'espagnol, maître de conférences à Grenoble III (2011-2013), actuellement à l'université Paris IV, Camille Lacau St Guily a soutenu un DEA de philosophie sur " Le choeur dans la tragédie grecque " (Paris IV). Ses études de philosophie grecque l'ont amenée à étudier les notions de vitalisme et d'anti-intellectualisme dans l'Espagne contemporaine. Sa thèse, soutenue à Paris III, porte sur la réception du bergsonisme en Espagne, de 1889 jusqu'aux années 1920.

  • Inspirée par l'histoire nationale, Ana García Bergua réinvente dans Isla de bobos le destin tragique de la garnison militaire assignée en 1905 au maintien de la souveraineté mexicaine sur Clipperton, îlot rocheux perdu dans le Pacifique et dont la seule richesse est le guano produit par les oiseaux marins qui donnent son titre au roman. À travers une approche générique et thématique, l'étude proposée s'attache à montrer comment la réécriture de l'histoire est un processus fictionnel qui tire de l'oubli l'île perdue et la garnison abandonnée en mettant sur le devant de la scène romanesque les acteurs obscurs du passé. Elle invite en particulier à réfléchir sur le rôle subalterne assigné aux femmes par la société mexicaine du Porfiriat et de la Révolution, dont les naufragées de l'île essaient en vain de se défaire. Les jeux narratifs et stylistiques sont analysés pour apprécier la déconstruction du discours officiel et la création d'un discours multiple, assumé par une alternance des voix et coloré d'un humour incisif, qui fouille des destins choisis, ceux de personnages assez fous, comme les oiseaux, pour avoir cru au paradis de l'île de K.

  • Ina Salazar propose une étude de l'ensemble de l'oeuvre du Péruvien César Vallejo (1892-1938), qui a profondément marqué la poésie en langue espagnole du XXe siècle. L'ouvrage s'attache dans un premier temps à analyser chacun des recueils - Los Heraldos Negros (1918), Trilce (1922) et les poèmes écrits à Paris et parus après la mort du poète sous le titre de Poemas Humanos (1939) - en présentant les contextes d'écriture et de réception, les courants esthétiques et poétiques qui leur sont contemporains ainsi que les lignes directrices et les préoccupations propres à chacun des recueils. Il en ressort ainsi la manière dont Los Heraldos Negros représente une sortie du modernisme, courant esthétique omniprésent jusqu'alors, la forme selon laquelle s'effectue le saut dans l'inconnu de Trilce, recueil le plus extrême de l'avant-garde hispano-américaine, et finalement les conditions du passage à une poésie expérientielle et méditative qui est celle des années parisiennes. En un second temps, et afin d'enrichir et de compléter la lecture de la poésie de César Vallejo, des axes transversaux développeront les constantes et les évolutions au long de l'oeuvre.

  • La radicalité de la poésie gamonédienne tient d'abord à l'irruption d'une voix inédite et solitaire dans le panorama de la poésie espagnole des années 1980.
    L'un des aspects notoires de cette nouveauté relève de la conception que se fait l'auteur de la poésie comme manifestation du discontinu : éclatement du moi lyrique, brouillage entre la parole et le sens, écriture fragmentaire. Le fragment devient alors la forme privilégiée pour exprimer une réalité intérieure à jamais fuyante et le désarroi face à une totalité (celle du monde) qui nous échappe. Si le Livre du froid (2000) contribue à illustrer une écriture des limites portée par la réflexion métaphysique et une esthétique de la mort, il est aussi, dans la poésie du xe siècle finissant, par son jeu du proche et du lointain, le signe patent des métamorphoses que connaît le lyrisme contemporain.

  • Le XVIIe siècle espagnol s'illustre par l'émergence des favoris, les validas, qui prennent en charge les affaires de la monarchie catholique.
    Après un XVIe siècle marqué par la consolidation du pouvoir royal et par le gouvernement de souverains à forte personnalité, une série de rois jeunes (Philippe III, Philippe IV et Charles II) dirige l'Espagne en s'appuyant sur des validas dont la légitimité politique repose sur l'amitié et la faveur du Prince. Les premières formulations de cette nouvelle pratique datent des années 1598-1645. C'est au cours de cette période, allant de la mort de Philippe II à celles du comte duc d'Olivares et de Francisco de Quevedo, que naissent les premières grandes figures de validas.
    Travaillée par une profonde crise intérieure, l'Espagne connaît alors non seulement une tentative de réforme des rouages institutionnels, mais également un retrait irréversible sur l'échiquier politique international. Spécialement destiné aux étudiants qui préparent le Capes et l'Agrégation d'espagnol, cet ouvrage entend présenter les enjeux majeurs de la période, de façon à mettre en lumière les principaux traits du valimiento, tout en replaçant le phénomène dans le contexte d'effervescence intellectuelle et culturelle qui caractérise l'Espagne de l'époque.

  • Pendant trois siècles, la majeure partie du continent américain se trouve partagée entre l'empire espagnol et l'empire portugais. Au moment de l'invasion de l'Espagne par les troupes napoléoniennes, les colonies affirment leur fidélité au roi Ferdinand VII tout en prenant leur autonomie. La volonté d'indépendance surgit bientôt, essentiellement dans les milieux créoles des grandes villes, très influencés par les idées des Lumières. Bolivar et les autres libertadores se soulèvent et les guerres d'indépendance se prolongent sur une vingtaine d'années. De nouveaux pays naissent alors, fixent leurs frontières ; les peuples deviennent nations, exercent leur souveraineté, se dotent de constitutions et de lois. Cet ouvrage s'intéresse aux rapports qui s'instaurent entre ces pays neufs. Il insiste sur l'importance croissante de l'économie dans la vie des nations et les relations internationales. Il analyse plus particulièrement les liens des nouveaux États avec l'Europe (Royaume-Uni) et les États-Unis d'Amérique, puissance émergente qui acquiert, dès la fin du XIXe siècle, le statut de véritable leader du continent et exerce une emprise toujours plus forte sur l'Amérique latine. Enfin, tout au long du XIXe siècle, à la faveur des soulèvements populaires, apparaissent les figures des grands caudillos souvent issus du peuple. L'auteur étudie cette figure politique et la symbolique du pouvoir à ce moment précis de l'Histoire et dans ces sociétés qui peinent à se structurer.

  • Fondée en 1540 dans une chrétienté secouée par une grave crise de conscience, la Compagnie de Jésus se développa alors que les États européens adoptaient un caractère confessionnel et que l'Église se voulait militante et universelle. L'ouvrage présente l'action spirituelle, socio-culturelle et politique de cet ordre singulier au sein de la monarchie espagnole au cours de la période allant de la réception des décrets du Concile de Trente (1565) à la fin du gouvernement du général Claudio Acquaviva (1615). Tout en veillant à l'orthodoxie religieuse de la Péninsule et à l'évangélisation des lointains territoires de l'empire, les jésuites se rapprochèrent, selon différentes stratégies, des sphères de pouvoir, s'impliquant avec vigueur dans les conflits et débats politiques et moraux d'une époque où politique et religion s'imbriquaient au plus haut point. Les enjeux spirituels, esthétiques, institutionnels et politiques de la Compagnie de Jésus donnèrent également lieu à l'invention d'une « image » jésuite.

    Alain Bègue entend présenter ici les enjeux majeurs de l'action de la Compagnie de Jésus au sein de la monarchie espagnole post-tridentine, tout en la replaçant dans le contexte d'effervescence religieuse et politique qui caractérise l'Espagne de l'époque.

    Alain Bègue, ancien membre de l'École des hautes études hispaniques et ibériques de la Casa de Velázquez, spécialiste de littérature et de civilisation espagnoles du Siècle d'or, est maître de conférences à l'Université de Poitiers.

  • Considéré par Ernesto Sàbato comme l'un des moteurs de l'histoire, le mal est une notion centrale dans son oeuvre de fiction et traverse certains de ses essais.
    Cette notion est également présente dans les récits du Paraguayen Augusto Roa Bastos, depuis les contes les plus réalistes jusqu'à ceux entreprenant une recherche d'ordre formel, tout aussi ancrée dans un contexte sociopolitique. Dans le roman du jeune Bolivien hdmundo Paz Soldàn, inhérent à un fait divers, le mal prend la forme de disparitions répétitives et subites, tandis que l'écriture fragmentée se fait l'écho d'une " méditation sur la perte ".
    C'est dans la tension entre le mal et la vulnérabilité que chacune des trois écritures trouve et repousse les limites que lui impose sa propre mise en discours et participe par là même des continuités et des ruptures qui sont celles de la littérature latino-américaine depuis les soixante dernières années.

  • Il existe une difficulté certaine à parler aujourd'hui de la poésie de Nliguel Hernandez (1910-1942), parce que beaucoup de choses ont été dites au sujet de cette oeuvre qui passionna - et divisa - les critiques français et espagnols.
    Ce qui trouble l'esprit, en outre, est la parfaite adéquation de la vie de Miguel Hernandez avec sa poésie, que l'on ne saurait comprendre sans la nécessaire connaissance d'une existence fulgurante, au coeur des événements politiques et de la guerre civile ayant secoué l'Espagne pendant les années 1936-1939. De El rayo que no cesa (1936) à Cancionero y romancero de ausencias (1938-1942), en passant par la poésie engagée, Miguel Hernandez atteint une condensation du poème qui, liée à un vécu personnel tragique, offre un propos universel.
    Le poème touche alors à une limite ténue entre journal intime et incarnation poétique, évocation d'une expérience où coexistent vie et mort, présences et absences. En cette année où le centenaire de la naissance de Miguel Hernandez est célébré en Espagne et en France, il est enthousiasmant de réfléchir à la portée de ses écrits, à l'aune de nouvelles lectures - parmi lesquelles celle proposée par cet ouvrage, que suscite la richesse toujours actuelle de cette oeuvre.

  • Don Juan Manuel, grand noble castillan du XIVe siècle qui se consi­dérait presque comme l'égal d'un roi et qui participa activement aux intrigues politiques de son temps, y compris contre son souverain Alphonse XI, est aussi l'un des plus grands auteurs du Moyen Âge hispanique. Son oeuvre la plus célèbre, El conde Lucanor (1335), est principalement composée de récits exemplaires qu'un conseiller avisé, Patronio, expose à son seigneur, le comte Lucanor, pour l'aider à résoudre les problèmes éthiques et politiques auxquels il est confronté. La représentation du monde ainsi offerte, où dominent les faux-semblants, les ruses et les paradoxes les plus subtils, invite l'homme à déjouer les pièges des signes, voire à les manipuler à son profit. C'est à ce prix que le grand noble peut espérer accroître ses biens et son honneur, mais aussi assurer son salut, deux préoccupations toujours conjointes chez Don Juan Manuel. Au-delà de son apparente rigidité formelle, que l'on aurait tort d'associer à un sens univoque, le discours exemplaire s'offre lui-même à l'interprétation, solidaire de relations de pouvoir. En passant des signes du monde aux signes du texte, ce pouvoir s'impose ou se négocie, se représente ou se dérobe, s'écrit en toutes lettres ou refuse de se dire. C'est à cette ondoyante écriture du pouvoir qu'Olivier Biaggini consacre

  • La Real Cédula du 28 février 1789 décrète la liberté du commerce des Noirs et marque la fin de leur importation restrictive à Cuba : de trois cents nouveaux esclaves par an jusqu'en 1760, leur nombre croît de façon exponentielle et les colons font venir plus de vingt et un mille Africains chaque année entre 1815 et 1820.
    Le changement introduit par la Real Cédula de 1789 aura servi de détonateur et la révolte victorieuse des esclaves de Saint-Domingue en 1791 de catalyseur. L'avidité des négriers n'aura alors d'égale que la cupidité des planteurs dans la course fiévreuse aux fabuleux profits que le sucre, le café et la chair humaine violentée pour les produire laissent déjà entrevoir. L'effondrement domingois a fait flamber les prix tandis que, dès 1792, Cuba devient la troisième productrice mondiale de sucre.
    Si la mise en place du système de plantation permet à la Siempre Fiel de s'inscrire dans le marché mondial, ces pro-fonds bouleversements se répercutent sur les plans démographique, économique, politique, social et relationnel : les esclaves de Cuba en ont subi les conséquences et ont (ré)agi à leur tour sur ces situations nouvelles, jusqu'à l'abolition véritable en 1886.

empty