Le Passage

  • Que seraient devenus Duke Ellington, Louis Armstrong, Earl Hines ou King Oliver sans les gangsters qui les employaient ? Ces mobsters et ces racketeers, souvent juifs ou siciliens, n'étaient pas aveuglés par les préjugés racistes qui empêchaient l'establishment blanc d'apprécier et de soutenir les musiciens noirs. Dans les clubs qui proliférèrent pendant la Prohibition, ils assurèrent la sécurité de l'emploi nécessaire à la constitution d'orchestres stables et à la maturation d'un style. Et ce sont les politiciens conservateurs qui, en faisant de la Mafia leur bouc émissaire, ont mis fin à l'âge d'or du jazz.
    À l'appui de cette thèse étonnante, Le Jazz et les gangsters propose une enquête et une documentation exceptionnelles, une peinture réaliste de la vie des premiers musiciens de jazz et du milieu de la pègre à la Nouvelle-Orléans, à Chicago, New York et Kansas City. Ronald L. Morris lève ainsi le voile sur un pan méconnu de l'histoire de la culture populaire. Les gangsters, conclut-il, se sont comportés avec les jazzmen comme les grands mécènes de la Renaissance : " Il n'y eut peut-être jamais, dans toute l'histoire de l'art, d'association plus heureuse. "

  • En marge de ses activités de médecin et de romancier, Martin Winckler nourrit une véritable passion pour la fiction télévisée, genre plébiscité par le public mais encore mal connu et dédaigné par la critique.
    LES MIROIRS DE LA VIE, consacré aux séries télévisées américaines, passe en revue plus de trente séries dramatiques des vingt dernières années, devenues pour certaines d'immenses succès populaires en France. Il décrit les différents genres - séries policières, judiciaires, médicales, fantastiques et réalistes - et analyse dans le détail les oeuvres les plus représentatives : Urgences, Ally McBeal, New York Police Blues, Buffy contre les Vampires, X-Files, Star Trek, Le Caméléon, etc.
    Il insiste sur le fait que, loin de n'être que des " objets de consommation ", les séries dramatiques contemporaines, par leurs thèmes et leur construction, constituent de véritables miroirs de la société américaine et que les meilleures d'entre elles sont des fictions de grande qualité, dignes des meilleurs films et des meilleurs romans.

  • Dali, Désirs inassouvis, du purisme au surréalisme, 1925-1935 redonne à Dali sa place centrale dans l'histoire du mouvement surréaliste autour du second manifeste de 1929.
    Arrivé à Paris en avril 1929 pour tourner Un Chien andalou, il est encensé en novembre dans le catalogue de sa première exposition par André Breton. Celui-ci est prêt à tout pour arracher ce nouveau Rimbaud de 25 ans à l'influence de Georges Bataille. Avec Eluard il fait l'éloge des 1930 de La Femme visible, premier écrit où Dali oppose l'expérience paranoïaque à l'automatisme bretonnien. Du purisme des années vingt sous le signe de Le Corbusier au surréalisme sous l'égide de Gaudi se dessine l'itinéraire d'un artiste dont le rôle révolutionnaire a été par la suite occulté, aussi bien par lui-même que par les surréalistes orthodoxes qui ne lui ont jamais pardonné sa trahison de 1940.
    Prenant acte de la recherche biographique et critique internationale la plus récente, Désirs inassouvis retrouve en Dali un des acteurs les plus intransigeants de la révolution surréaliste.

  • Architecte préféré de Louis XIV, qui l'a anobli et couvert de faveurs, Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) apparaît comme la figure centrale de l'architecture française du Grand Siècle. Auteur des plus grands monuments de la France royale (Versailles, Marly, église des Invalides, place Vendôme, etc.), " monsieur Mansart " a connu une extraordinaire carrière, faisant une belle fortune et s'élevant dans la hiérarchie sociale jusqu'à devenir quasiment ministre.
    En 2008, le tricentenaire de sa mort a été l'occasion de revenir sur cet artiste majeur, tant par des publications monographiques que par une exposition au musée Carnavalet. Ces hommages ont été complétés par un colloque international, qui s'est tenu au palais de Chaillot et au château de Versailles en décembre 2008, et dont le présent ouvrage constitue les actes.
    Permettant une approche souple et dynamique du sujet, l'ouvrage offre une suite d'articles rédigés par les meilleurs spécialistes, tant français qu'étrangers. Ils s'organisent en grands thèmes ? la famille, les contemporains, les chantiers, la postérité, etc. ?, ouvrant sur une série de relectures aussi savantes qu'originales. Ces études sont illustrées de photographies, mais aussi de documents d'archives et de dessins édités avec soin. En réconciliant actes de colloque savant et beau livre, cette publication offrira aux amateurs d'architecture un solide objet de délectation.

  • La traduction littéraire est certainement un travail de chartreux, contraignant parfois à une existence de carmélite.
    Mais il faut bien avouer que le métier de traducteur a quelque chose d'interlope. Un faux air déplaisant : apache de l'édition, voyou de la littérature... Pour s'y lancer, s'y attacher, et s'y tenir, pour l'exercer en somme, il faut donc avoir chevillé au corps le goût de traduire. Traduire, c'est partir à l'aventure. La traduction ouvre à la découverte d'un paysage mental particulièrement parlant aux uns, mais risquant d'en laisser d'autres désorientés.
    Désorientés devant de nouvelles voies ouvertes inopinément à la réflexion - traverses, raccourcis, clairières lumineuses, pistes complexes aux discrètes balises, fragiles passerelles oscillant au-dessus d'on ne sait quel vide. Si n'importe quel texte devient Pierre de Rosette, c'est celle d'une langue inexistante. Son décryptage ne livre pas de secret définitif - pas d'autre secret que celui du plaisir.

  • Le corps de Jésus repose sur les genoux de sa mère entre saint Jean et Madeleine en pleurs.
    Le corps étiré, tendu. A droite, un chanoine agenouillé en surplis blanc. Le tableau, attribué à Enguerrand Quarton, fut peint avant 1457 en Avignon. Mais d'où vient qu'il fascine ? Le ciel doré capte l'attention. Il empêche de voir. Il nous plonge dans une sorte d'hypnose. Et ce qui est montré se dérobe. Le mystère appelle une réflexion rêveuse. L'oeuvre nous parle : " O vous tous qui passez... " La peinture pense.
    Elle met en scène l'invisible. Elle rivalise avec la musique et répond à l'exigence de l'Ecriture Sainte : " Il faut entendre avec les yeux ! " L'image de la Pietà d'Avignon, à première vue transparente, se révèle d'une complexité inouïe. Nous sommes au coeur de l'art.

  • De 1689 à 1697, Fénelon fut chargé de diriger l'éducation du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, qui semblait destiné à monter un jour sur le trône de France.
    Pour donner à son élève quelques rudiments sur la manière d'analyser un tableau et de juger de la réussite d'un peintre, le précepteur a choisi deux oeuvres de Nicolas Poussin, le Paysage avec les funérailles de Phocion et le Paysage avec un homme tué par un serpent, et a imaginé que Poussin (mort en 1665) les décrivait lui-même, dans l'autre monde, pour répondre aux questions de Parrhasius, célèbre peintre grec de l'Antiquité, et de Léonard de Vinci.
    Les deux dialogues ont été composés vers 1695, 1696. Leur intérêt ne vient pas seulement de ce qu'ils recensent un certain nombre d'éléments théoriques de l'idéalisme classique, qu'avait incarné en France Nicolas Poussin. Ils constituent aussi un témoignage irremplaçable sur la survie et l'évolution du " poussinisme " à l'époque où triomphaient les amateurs de Rubens, et sur la place de Fénelon aux origines du Néo-classicisme.
    Surtout, la signification profonde de cette entreprise est ici dégagée pour la première fois. À l'époque des deux dialogues, Fénelon était devenu le censeur le plus implacable de la monarchie de Louis XIV, symbole, à ses yeux, d'un monde trop vieux et trop corrompu avec lequel il convenait de rompre. Tous ses espoirs résidaient dans le règne, qu'on croyait proche, du jeune et très chrétien duc de Bourgogne.
    Le rôle conféré à Nicolas Poussin, la confrontation avec l'Antiquité et l'Italie de la Renaissance, et avant tout le choix même des deux tableaux indiquent clairement que la leçon de peinture a été aussi pour le précepteur l'occasion d'une leçon politique, exaltant le nécessaire retour aux principes de la monarchie française, aux moeurs des " premiers âges du monde " et aux vertus de l'esprit d'enfance.

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